LE MONDE 2015 / Apprendre à penser.

Ce voyage, comme ultime étape du projet, cherchait à la fois à clore l’aventure en traçant le bilan des années traversées ensemble et à ouvrir sur l’immensité de l’horizon qui s’offre maintenant à chacun. Il à été envisagé comme un glissement, un passage vers l’après. Pour Wajdi Mouawad, la pensée se déroule en mouvement, c’est-à-dire en itinérance et en recherche. Pour ces jeunes qui sont passés de l’enfance à l’âge adulte au gré d’évènement et d’expériences multiples, au contact d’êtres humains de tous âges et horizons, le moment était venu d’expérimenter l’autonomie. Se frotter à leurs réalités, débattre de leurs idées et suivre leur propre but et pour ce faire, préparer eux-mêmes le voyage. En effet, ils ont dû construire leur séjour, mais également réaliser un projet de recherche et de création sur la ville qui leur avait été destinée.

Pour que la construction de ce voyage se réalise plus facilement et que l’exploration du lieu demeure riche, intime et commode à la fois, le grand groupe de 50 jeunes à été scindé en sept. Chacune de ces sept équipes a donc exploré une ville différente : Tirana, Istanbul, Budapest, Casablanca, Vienne, Reykjavik, Beyrouth. Wajdi Mouawad a choisi chacune de ces destinations parce qu’il leur voue un attachement particulier et que leur caractère unique et singulier lui apparaissait rendre leur découverte plus forte encore.

Dans un premier temps, les jeunes ont eu à construire leur séjour ; prévoir et gérer un budget, choisir et réserver les lieux d’hébergement, envisager les moyens de transport adéquat, cibler les espaces à découvrir et à visiter. Ils ont dû choisir une façon de communiquer à l’intérieur de leur petit groupe et définir une façon de fonctionner entre eux afin de concrétiser leur séjour. Ils ont agi en toute autonomie dans le cadre qui leur avait été alloué au départ. Ils ont toutefois pu demander de l’aide dès que le souhait ou l’utilité se faisait sentir. En effet, ils sont demeurés en contact avec l’équipe d’encadrants qui les ont suivis depuis les débuts du projet et qui ont été à leur disposition lorsque cela s’est avéré nécessaire.

Dans un deuxième temps, ces équipes ont dû réaliser une étude de leur ville attitrée, libre et personnelle dans son thème et sa forme. Ont leur avait toutefois conseillé de s’écarter de ce que l’on trouve dans les guides touristiques et de garder une trace de leur expérience grâce au médium de leur choix.

Au terme de ce parcours dans chacune des villes, les sept équipes se sont retrouvées avec Wajdi Mouawad et l’ensemble de leurs encadrants à Athènes pour vivre les ultimes retrouvailles. Ce fût l’occasion de partager leur expérience vécue au cœur la ville qu’ils avaient explorée et de présenter à tous l’étude qu’ils y avaient réalisée. Ce fut également l’instant de mesurer le temps écoulé et le chemin parcouru au fil de ce périple de quatre années. Enfin, ce fut l’heure de faire le pont entre cette expérience hors du commun et l’étendue grandiose de la trajectoire de leur vie qu’ils sont maintenant en mesure de construire par eux-mêmes.

 

SÉNÉGAL 2014 / Apprendre à parler.

Le 19 juillet dernier, les jeunes montréalais s’envolaient vers l’Afrique. Après une escale à New York, ils ont rejoint le grand groupe d’Avoir 20 ans en 2015 en sol Sénégalais. Résidant à l’Espace Sobo Badé au cœur du village de Toubab Dialaw, chacun a pu aller à la rencontre des jeunes Africains de l’endroit via une série d’activité sportive et artistique. Ils ont été accompagnés dans ce parcours par Lilian Thuram, ancien footballeur international français. Chaque jour, ils étaient invités à participer à un atelier de théâtre animé par Wajdi Mouawad en matinée et en fin de journée, à prendre part à un match de foot sur la plage en compagnie de Lilian Thuram. Repas et moment de discussion en groupe animaient les soirées. Le groupe s’est également rendu sur l’île de Gorée où ils ont pu réfléchir aux questions entourant l’esclavagisme. Enfin, une grande fête eut lieu au village pour souligner leur passage. Ce voyage fut une exceptionnelle occasion pour chacun de se confronter à l’oralité, un facteur essentiel à la transmission.

 

New York-Sénégal par Alexis Curodeau Codère

New-York:
Excès, excès, excès, excès, excès.
Je suis entouré par les vastes sanctuaires de l’excès excentrique.
Ce n’est pas ma première fois à New-York mais il me semble à présent que je le vois d’un nouvel œil.
Étendu dans les jardins de la cité d’or, je songe au fait que dans quelques heures, je marcherai dans Dakar, tout en bas de la tour de cristal. Intéressant de monter à son faîte pour mieux s’y laisser tomber.
Je vais enfin voir les cœur des hommes.

Et alors, le Sénégal?
Il y a d’abord ces maisons que nous avons survolés de très près, en avion, au moment de l’atterrissage à Dakar. Les maisons qui ressemblent à des ruines, celles de la guerre. Mais il n’y a pas de guerre au Sénégal.
Je suis d’abord frappé par ces maisons dont je ne saurais pas dire si on les construit ou on les démolis. Manifestement, on les construits. Il y a beaucoup de briqueteries dans le village, et je n’ai jamais vu quelque construction que ce soit qu’on prenne la peine de détruire.
Il y a la douceur des gens, leur gentillesse et leur calme.
Le douanier à l’aéroport, on dirait que c’est la première fois qu’il fait un visa. Il prend mon passeport lentement, il le met dans le scanneur et prend quelques secondes pour bien l’installer comme s’il était novice. Tout ses gestes sont lents. J’ai l’impression qu’il y a chez eux de l’importance dans le mouvement. Pourquoi? Parce qu’ils vivent dans le présent. Alors que nous, au Canada, par exemple, nous ne donnons de l’importance qu’à l’objectif, soit ce qui n’existe pas, nous en venons à ignorer le présent, tandis qu’il est oblitéré par nos souvenirs et nos désirs. Quelle est la place du mouvement, alors? Il n’en a pas. On ne prend pas le chemin le plus beau ni même le meilleur pour nous, mais simplement le chemin le plus court.
Que reste-t-il de la vie, si chacune de ses parcelles est un raccourcis vers le suivant?
Il est amusant qu’on craigne tant la mort, alors que nous filons vers elle au galop sans même jeter un coup d’œil au paysage défilant. La vie n’est alors qu’un raccourcis vers la mort.

Dans la petite place entre Sobo Dabè et le village, des femmes étendent leurs bijoux et vêtements qui s’étendent sur des couvertures quelques mètres plus loin, à l’ombre d’un arbre. Elles discutent en enfilant des petites billes sur des cordes, elles fabriquent des colliers. Elles me demandent mon nom, d’un bonjour, avant de me proposer quelques créations de leurs cru.
Je ne peux résister. Elles sont si tenaces qu’elles me font acheter moult colliers, bracelets et babioles diverses. Elles continuent ensuite à discuter entre elles. Je m’assoie parmi elles, sur un seau renversé, pour écrire ces lignes. Il y a des mangues et des bananes à vendre, j’attend les beignets qui étaient supposés arriver vers 17h. Et j’attend, en écoutant les oiseaux chanter gentiment au dessus de ma tête.
Je suis assis avec Mama Afrika sur le banc de l’amitié.

Tout cela est certes bien beau, mais je ne parle pas de l’absence d’électricité ou d’eau courante. Je ne parle pas non plus des déchets qui jonchent les rues par milliers alors que les enfants y courent pied nu. Je ne veux pas parler de la honte de représenter la richesse et, chaussé, marcher dans le même sable que eux, foulent de leur pieds nus. «S’il vous plaît, monsieur, regardez ce que j’ai pour vous! Pas cher…» De quel droit est-ce que je marche sur ce sol? Je ne veux pas marcher ici comme un conquérant car j’ai honte. Hélas, toute une histoire est écrit dans la couleur de ma peau, et j’ai quelques fois l’impression, peut-être paranoïde, que dans le regard des gens d’ici, si gentil soit-il, avec un parfum d’ironie, ils prennent soin de me dire que c’est bien le cas. C’est dans ces moments que je réalise, un peu triste, que je ne suis pas vraiment descendu de ma fameuse tour de cristal.
Je peux par contre parler de la nourriture excellente, des poissons fraîchement pêchés, des fruits délicieux, des gens qui nous invitent à boire un thé à la menthe dans leur baraque. D’autres fois, à l’ombre d’un arbre, quelqu’un pourrait se mettre à chanter. Des passants s’arrêtent alors et le rejoignent. Soudain, des tambours se font entendre, des flutes et des instruments locaux font résonner une irrésistible mélodie. Les gens dansent et moi aussi. Juste comme ça. Pourquoi pas?

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POLOGNE 2013 / Apprendre à compter.

Pour ce troisième voyage, les jeunes du projet furent invités à entrer dans un important devoir de mémoire où, à l’approche de la majorité, ils purent appréhender le rapport à la responsabilité et réfléchir à une période cruciale de notre histoire, un moment qui marquera à jamais l’humanité.  À travers ce récit de la Shoah où les nombres se déploient dans des dimensions toutes particulières, il nous est possible de comprendre que derrière les chiffres, il y a des gens. Le groupe fût accompagné dans ce périple par Arthur Nauzyciel, metteur en scène et petit-fils de déporté. Étaient aussi du voyage cette année, Sophie Ernst professeur de philosophie et spécialiste de la question de la pédagogie de la Shoah et Éric Ghozlan, psychologue-psychanalyste et directeur du Pôle Enfance de l’OSE.

Je dois vous dire que transmettre l’essence de ce voyage n’est pas simple. Pour ma part, à la question « Comment c’était ? » je ne sais trop quoi répondre, au fond, j’ai la constante impression que les mots justes me manquent. Bien sûr, c’était absolument intense, complètement bouleversant. Bien sûr, je pourrais vous dire que nous avons quitté Montréal le 16 juillet à 22h à bord du vol TS-210 et que nous sommes arrivés à Paris le 17 à 10h40, fourbus mais heureux et fébriles de retrouver la grande famille d’ Avoir 20 ans. Bien sûr, je pourrais vous dire que nous avons retrouvé Wajdi et Arthur au Théâtre de la Colline pour discuter de notre semaine à venir, que nous avons déambulé dans les rues parisiennes, que nous avons visité le Musée de l’histoire du Judaïsme et le Musée de la Shoah, que nous avons fait la connaissance de Marcelline et de Armand, deux anciens déportés. Je devrais vous dire que leur récit m’a percuté et que le regard qu’ils portent sur ce moment de leur histoire me bouleverse toujours lorsque j’y repense. Bien sûr, je pourrais vous raconter les longues routes de 24h dans notre autobus à deux étages, nos arrêts multiples dans les haltes routières de la Belgique, de l’Allemagne, de la Pologne. Je pourrais vous raconter notre souper sur la magnifique grande place de Varsovie, la fête dans le parc face à l’auberge, la visite de l’ancien ghetto et tout ce qui n’est plus aujourd’hui. Vous dire tout ce qui ne se voit plus, ce rien, cet invisible horrible qui surgit au coin des rues quand l’on détient les clés de cette mémoire. Bien sûr il me faudrait vous raconter notre visite à Auschwitz-Birkenau. Mais je ne peux pas vous raconter ici toutes nos prises de conscience, notre colère, nos larmes. Je ne peux pas vous partager tous nos rires, nos soupapes absurdes, nos délires de fatigue, notre solidarité poignante. Je ne peux pas tout vous dire de la vie, puissante et riche de 50 jeunes et de tous ceux qui les entourent, d’un bonheur d’être ensemble contagieux et poignant. Dans le courant de cette semaine, quelque chose s’est ouvert en moi et je crois que les mots justes pour le décrire n’existent pas. Mais sachez qu’on nous a montré ce qu’il y a de plus laid en l’homme et que maintenant, nous sommes plus nombreux à traquer cette laideur dans l’espoir quelle ne refasse jamais surface sur cette terre. Sachez que nous avons parcouru ce chemin ensemble, les uns avec les autres et que quelque chose d’infiniment précieux s’est tissé, que nous sommes encore plus riche de nous aujourd’hui qu’hier. Sachez que nous avons su nous raconter, nous affirmer, nous soutenir. Surtout, sachez que nous avons su nous Aimer.

Claudia

 

Histoire d’une vidéo, par Juliane Choquette-Lelarge

https://www.youtube.com/watch?v=IGxokth7wFY

Trois ans plus tard, cette vidéo m’apparait comme un magnifique coup de poing. Je la regarde et je prends conscience du chemin parcouru. Trois voyages plus tard, à la mi-parcours, le projet dépasse complètement ce qui était envisagé. Complètement. Comment est-ce que Wajdi en créant ce projet, aurait pu même imaginer la force qu’il dégage et la beauté des liens qu’il crée? Est-ce que Wajdi savait comment son idée deviendrait un véritable tremblement de terre dans nos vies? Nous-mêmes, en découvrant l’existence de cette entreprise un peu débile, est-ce qu’on croyait pouvoir en être bouleversé, saccagé, illuminé comme on l’est aujourd’hui? Trois ans plus tard, le projet vit. Les balbutiements sont passés. On en a vécu plus qu’il n’en reste. Et je crois pouvoir affirmer que, déjà, encore loin de la fin, il a fracassé les attentes. Le projet a créé non seulement des souvenirs et des consciences, mais aussi une entité rare et simplement bouleversante: le ‘nous’. Le projet a réussi a rendre ‘nous’ un groupe disparate de 70 individus éloignés et différents. En quelques jours, le projet a créé un ‘nous’ avec des individualités qui ne se seraient jamais rencontrées, explorées sinon et qui soudainement forment l’unité la plus forte. En fait je crois que si ce qu’on vit est aussi puissant, c’est parce que en plus d’apprendre à lire, écrire, compter, parler et penser, nous apprenons à être ensemble. À rejoindre l’Autre. Et il n’y a rien de plus beau que de se dire que malgré tout, malgré les kilomètres, les mois, les obligations, nous serons toujours ‘nous’. Sur une plage à Athènes comme dans une cuisine à Lyon comme dans un camp de concentration… Comme dans 2 ans encore que dans 20 ans. Voilà. Trois ans plus tard, en regardant cette vidéo, je me rends compte que vous n’êtes pas une expérience de jeunesse ou un passage rituel. Vous n’êtes pas mes 15-20 ans. Vous n’êtes pas le mot ‘projet’. Vous êtes une promesse qui se fait sur toute une vie et qui ne se brisera pas simplement en 2015. Et ça, je ne sais pas si Wajdi l’avait envisagé au début. C’est nous qui l’avons créé. C’est ‘nous’. Et c’est magnifique. Merci pour cette semaine, merci pour tout.

 

L’abondance des fleurs par Éléonore Brieuc
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Pologne par Alexis Curodeau Codère

Le Soleil et la Lune sur Buchenwald. Les nuages et l’azur sur Buchenwald. Chopin sur Buchenwald.
Moi qui pour jeûne, m’était alloué un travail de mémoire, me voilà servi, ou plutôt asservit par ce lieu.
Ce lieu, Buchenwald où la mémoire suppure du sol, glisse sur la peau et entre par tous nos ports.
Comment ne pas, à défaut de se souvenir, entendre le souvenir? Entendre le lieu chuchoter, puis conter, puis hurler.
Comment ne pas rester choqué, tétanisé par ce vent terrible de mémoire oubliée?
Les petits nuages sont blanc ou d’un jaune très pâle. Ils brillent dans l’azur de Buchenwald.
Dans le ciel, la lune pleine confronte l’aurore.
La nuit affronte le jour sur Buchenwald.
Une nuée d’oiseaux chantonnant quittent le couvert des grands arbres verts pour danser effrontément sur le ciel. Dans le même instant, un sombre petit félin tapis dans l’herbe les suit de son regard ambré.
La mémoire affronte l’oubli.
Buchenwald
Buchenwald
Et partout, en mon âme comme sur l’éther,
la beauté confronte l’horreur,
Sur Buchenwald.

LYON 2012 / Apprendre à écrire.

Voilà la grande thématique de cette semaine riche en rencontres et en  apprentissages de toutes sortes. Nos journées, forgées sur un modèle similaire, contenaient toutes leurs parts d’imprévus, de surprises et de découvertes uniques. Ainsi, nos matinées étaient partagées entre, ou des visites de la ville, ou des ateliers d’écriture offerts par Wajdi Mouawad. Ces ateliers, lieu de rencontre et de partage fort et privilégié, s’articulaient autour de l’expérience de Wajdi Mouawad à titre d’auteur. En nous racontant sa relation avec l’écrit, en nous offrant le regard qu’il pose sur le geste d’Écrire, c’est à un univers entier qu’il donna accès. À mon sens, Wajdi a ouvert un chemin qui nous amène à la fois à comprendre un parcours personnel menant à l’écriture, le sien, mais également une invitation à découvrir une route à part, la nôtre. Ainsi, les récits divers s’entrecoupaient d’exercices concrets, qu’ils  soient inspirés d’une image, d’une musique ou d’une voix. Les cliquetis de doigts qui frappent le clavier résonnaient dans l’espace et ensuite, les textes étaient passés au peigne fin de la réécriture. Au terme de ces exercices, l’ensemble des groupes rejoignait le local où nous retrouvions quotidiennement Nathalie Zémon Davis, historienne de renom, pour un court exposé portant sur la sortie du jour.  Passionnée, elle nous expliquait le regard brillant ce qui nous attendait, les gens que nous allions rencontrer, le pourquoi de ces rencontres avec l’histoire et le monde des idées. Ainsi, nous en avons appris d’avantage sur notre lieu d’accueil, notre quartier général, Les Subsistances, aujourd’hui laboratoire international de création artistique, hier lieu intimement lié à l’histoire religieuse et militaire de Lyon. Nous avons eu droit à une visite privilégiée du Musée de l’imprimerie accompagnée de Michel Jourde et d’Ariane Bayle.  Nous avons discuté de la période de la résistance lyonnaise et avons assisté à la projection d’un film sur le sujet. Nous avons rencontré le professeure Katia Zakharia et avons échangé sur le thème du « Lyon arabe et musulman ». Nous avons visité le Grand Temple protestant en compagnie de Guy Leblanc et avons été invités à la Synagogue de quai Tilsitt avec Michaël Barer. Nous avons arpenté la Bibliothèque de la part Dieu et découvert une multitude de livres anciens. Enfin, nous avons eu droit à une ballade en péniche sur la Saône. Nathalie Zémon Davis et Wajdi Mouawad étaient tous deux présents à l’ensemble de ces activités exceptionnelles, partageant l’engouement général, répondant à toutes les questions, s’investissant dans chaque moment. Le soir venu, tous se retrouvaient à nouveau aux Subsistances pour partager un repas préparé par l’une ou l’autre des villes. Ainsi, les mets typiques de Nantes, la Réunion, Montréal, Namur et Mons se sont succédé soir après soir sur la table, toujours accompagnés d’histoire ou d’animation parfois fantastique, souvent burlesque, toujours touchantes. Le soir, le groupe reprenait la passerelle et traversait la Saône avant de gravir la colline nous amenant à l’auberge de jeunesse de Lyon. Là, les nuits s’écoulaient, exaltantes, jusqu’à un jour nouveau…

L’expérience continuera de nous nourrir l’esprit et le cœur encore longtemps…

Souvenirs de Lyon…

Le temps s’est égrainé doucement, mais inévitablement depuis notre retour de Lyon. Comme souvent après un voyage, je me  demande : qu’est-ce qui s’est passé exactement ? Toutes ses impressions, visions, sensations, réflexions, s’accumulent les unes sur les autres, se fondent et  se confondent. Bien sûr, il y a autant de périples que d’individu et chacun d’entre nous aurait les détours de son parcours à vous raconter. Que nous reste-t-il de ces expériences ? Comment tout cela nous a-t-il transformés ? Qu’arriverons-nous maintenant à transmettre ? Le cours du temps arrivera sans doute à répondre à toutes ses questions. Quant à moi, je vous donne fixés en mots ces quelques flashs, éclairs lumineux dans ma mémoire afin que vous compreniez mieux l’effervescence et  la richesse de ce voyage dans tout ce qu’il a de réel et de fascinant.

…L’avion va bientôt décoller, la fébrilité est à son comble. De l’autre côté de la route, il y a ces liens à renouer, ces choses à découvrir, toute cette intensité qui nous attend, qui nous appelle. Se revoir, se retrouver, se redécouvrir et pour moi, tout simplement et complètement ; entrer dans tout ça…

…Le chauffeur de taxi qui fonce dans les rues de la ville. Nos yeux collés qui s’ouvrent grand devant Lyon la toute belle qui s’expose…

…L’auberge de jeunesse, la vue magnifique, la chambre trop petite, les grandes retrouvailles, le tourbillon…

…Les trottoirs qui longent la Saône et la passerelle qui valse jusqu’à notre quartier général : Les Subsistances. Un lieu magnifique qui nous accueille chaque jour et qui nous appartient un peu, finalement…

…Les estrades noires qui craquent sous nos pas, le soleil de l’avant-midi qui s’infiltre à travers les fenêtres à carreaux, les ordinateurs qui s’ouvrent et Wajdi qui parle d’Écrire…

…La grande place, remplie de nous, les tables alignées sous les poutrelles et notre fourmillement devant les victuailles succulentes quand à 13H sonne le temps du déjeuner…

…La meute qui s’étend dans les rues de la ville. Nathalie Zémon Davis qui nous attend à l’entrée du musée de l’imprimerie. Son effervescence contagieuse et son regard de petite fille fébrile devant tous les trésors qui se déploient devant nous…

…Les inscriptions sur les murs du temple.  La synagogue illuminée. Les feux d’artifice du 14 juillet devant la basilique. L’amphithéâtre grec, le marché, la fontaine…

…Les vestes de chef déjà tâchées. Les légumes coupés au grand vent. Les mains de Marie-T. La montagne de boulettes. Une brigade entière qui s’incline devant l’alchimie du pouding chômeur au sirop d’érable…

…La lumière de la nuit sur la terrasse. La noirceur des couloirs agités…

…Le silence opaque qui prend toute la place dans le taxi qui nous ramène à l’aéroport…

Claudia

« Comme Athènes avant lui, Lyon a un peu repoussé mes horizons et attisé mon désir de partir à la découverte du monde. Comme Athènes avant lui, Lyon m’a grandit. »  Alexis

« Tout s’est passé très vite. Le voyage en avion est étourdissant. On est de nouveau les 50 et plus dans une auberge. Ce qui se passe la nuit reste la nuit… J’ai appris très vite. J’ai failli déborder. Ce qui m’a le plus marqué durant ce voyage, c’est les amitiés nouvelles. Je me suis fait des amis, des vrais amis. Des gens tellement loin cependant. J’ai ris à en pleurer, j’ai pleuré à en rire, j’ai fait bien des affaires, des balades… Bref j’ai la tête remplie de feux d’artifices, de blagues, de réunions, de projections, d’ateliers et d’images magnifiques.  Lyon est une ville très belle et je vous souhaite de la visiter comme je l’ai vue. » Benjamin

« Lyon est une très belle ville dans laquelle, pour moi, les conditions ne furent pas propices à l’apprentissage de l’écriture. J’ai appris, mais pas à écrire. Seul le temps me dira ce que j’ai vraiment retiré de ce voyage dans cette ville surprenante. » Quentin

ATHÈNES 2011 / apprendre à lire

Le 9 juillet 2011, les cinquante jeunes du projet Avoir 20 ans en 2015 se rencontrèrent pour une première fois à Athènes. Ils furent accompagnés tout au long de leur parcours par le professeur à l’Université de Lille III Constantin Bobas, grand helléniste, le traducteur Robert Davreu et le dramaturge François Ismert, qui les ont conduits dans ce berceau de l’histoire, pour comprendre et décrypter les sources de notre civilisation. En plus de découvrir la ville et ses joyaux, ils eurent l’occasion d’assister à la trilogie Des Femmes,  présenté au théâtre Hérode Atticus sous l’Acropole et de côtoyer l’équipe de la création. Wajdi Mouawad raconte : « La civilisation grecque s’est construite pour supporter la douleur de vivre, pour cela ils ont inventé la démocratie, la philosophie et le théâtre. L’agora devient un espace de discussion ouvert où l’on peut échapper à la loi du père qui règne dans la maison. Il naît un espace d’expression où tous peuvent parler, comme une cour de récréation où l’on pourrait d’exprimer. Les hommes peuvent alors se poser la question des dieux : celle de la folie et de la raison à travers Apollon. » Ce fut le sens des visites, à Delphes au temple d’Apollon et à Épidaure pour la naissance du théâtre, et à Athènes pour la démocratie.

Pour en savoir plus sur cette fabuleuse étape, nous vous invitons à écouter le reportage de Marie-France Abastados en cliquant sur le lien suivant : Émission Dimanche magazine, Première chaîne Radio-Canada

e pleine à craquer qui se donne toute entière à un homme pas gros, tout seul sur scène. Pendue à ses lèvres. Beaucoup d’intelligence. Beaucoup de subtilité. Beaucoup beaucoup d’humour, une parole qui fait voyager, qui fait voir. Une parole qui nous fait nous rappeler c’est quoi, avoir-11-ans-et-demi-et-y-croire-encore. Un spectacle magnifique. » –Juliane

« C’t’un gars qui arrive et qui me sert un verre. Pourquoi pas ? Il sourit et il a l’air bien sympathique. Je goûte à son truc, ça goûte bon, c’est agréable. Là le gars, il commence à me jaser. Il jase de n’importe quoi. Et là, dans un délire de mot, de phrases sans sens, on pleure de rire devant le saugrenue de ses mots qui sortent par grumeaux rigolos et absurdes, tandis que l’alcool monte aux joues et rend ivre. Elle est vraiment bonne cette liqueur-là et cette soirée là, sortie de nulle part et qui a pas de sens. Elle est bien savoureuse. Au bout d’un temps sans durée arrive le moment des dernières gouttes. Au moment où ce gars-là versait les dernières gouttes dans mon verre, pour la première fois je regarde ce qui sort de la bouteille. C’est de la lumière. Les gouttes qui tombent dans mon verre, c’est des étoiles ! Tabarouette… ! Je regarde le gars, y sourit encore pis là, je vois, ces mots sans sens, c’était pas juste des grumeaux absurdes, c’était toutes les couleurs du monde. Pis là, j’ai compris. L’alcool qui m’avait si rapidement enivré, cette liqueur grisante, ben c’était la vie. » – Alexis

« L’ironie est magnifique ce soir : après ces élections passées à sacrer de toutes les couleurs, je me surprends à adorer l’idée que les gens aiment se faire raconter des histoires. On oublie trop souvent la nécessité de la poésie, les bienfaits qu’elle nous apporte. Poésie mensongère, poésie de rêves, poésie passagère, poésie qui voyage. J’en conserve une photographie mentale ; des regards brillants sur des visages parfaitement ordinaires. J’espère qu’ils dureront un peu plus longtemps. » – Éléonore

« Un spectacle et un artiste d’une beauté humble et sincère. Merci pour ces boules d’émotions, qui, ma foi, me firent grand bien. » –Vladimir

« Je me sens bien, je me sens bien ! C’était bon, c’était magnifique, c’était léger. C’est le genre d’œuvre que je qualifie de ‘‘feel-good’’. Ça m’a fait sentir bien… je-suis-bien » –Justine

« Fred Pellerin est un performeur sympathique, doué, et dont on ne peut qu’apprécier. Ses histoires sont candides, drôles, accrocheuses, et parfois même absurdes, mais elles dégagent des messages d’une vérité et d’une profondeur indéniables. Elles font sourire du coin des lèvres. Ce qui m’a le plus impressionné chez lui, c’est sa capacité d’employer un médium artistique plutôt arriéré et habituellement réservé aux enfants, et de l’actualiser de telle façon à le rendre divertissant et accessible pour des gens de tous âges. Preuve de quoi parfois les meilleures histoires sont celles ne requérant qu’une guitare, une bonne imagination et un bon conteur. » –Natasha

«Incroyable le pouvoir des mots! Les contes sont ce qu’il y a de plus authentique et merveilleux. J’ai passé une soirée magique. Merci, pour vrai, j’ai adoré. » – Benjamin

« Fred Pellerin m’a beaucoup impressionné, , j’ai vu quelqu’un de sérieusement excellent qui maniait et malmenait la langue pour en sortir le maximum de jus, d’émotions, mais surtout de rires.Je ne suis pas un fan des moments avec chanson, mais à ce niveau-là , il n’y a pas grand-chose à lui reprocher ce n’est qu’une question de goûts. Bref, une excellente soirée en compagnie d’un phénomène. » –Nadjib

« Fred Pellerin, par sa prose singulière, ses histoires abracadabrantes et son chaleureux contact avec le public, réussit à faire revivre l’art oublié du conte, et ce, avec brio. »- Quentin

« Je veux vivre dans la bouche de Fred Pellerin. Je veux camper là, m’assoir autour du feu des ses paroles crépitantes, son univers, et me coucher sous le ciel étoilé de ses mots, chassant du revers de la main les moustiques et les mouches de miel. Je veux y vivre, me baigner dans le fabuleux et le magique jusqu’à ce que ma peau ratatine comme un pruneau. Je veux passer mes jours ainsi, le cœur plein, gonflé d’un immense espoir et d’une paix inexprimable. » –Anne-Marie

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