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Photo : Jean-François Gratton / Une communication d'orangetango
Le choc des titans, incarnés par Marie-Thérèse Fortin en Elizabeth I et Jean-François Casabonne dans le rôle de Shakespeare




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Elizabeth, roi d'Angleterre

DU 15 JANVIER AU 9 FÉVRIER 2008
SUPPLÉMENTAIRE LE MARDI 12 FÉVRIER, 20 H
Durée du spectacle : 1 h 50 minutes, sans entracte

De Timothy Findley
Traduction René-Daniel Dubois
Mise en scène René Richard Cyr

Timothy Findley

Auteur de douze romans et de deux recueils de nouvelles, de pièces de théâtre, de scripts pour le cinéma, la télévision et la radio, lauréat à deux reprises du prix du Gouverneur général du Canada, récipiendaire du City of Toronto Book Award, officier de l’Ordre du Canada, chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres de France, traduit en quinze langues, Timothy Findley compte hors de tous doutes parmi les plus grands écrivains canadiens anglais du siècle dernier avec Margaret Atwood, Alice Munro et Mordecai Richler. Timothy Irving Frederick Findley – « Tiffy » pour les intimes – est né en 1930 à Toronto, dans le quartier chic de Rosedale. Son grand-père paternel dirige une puissante entreprise de machines agricoles, mais le minikrach boursier de 1921 provoque la ruine de la famille déjà meurtrie par la Première Guerre mondiale. Fils d’un employé de banque féru d’alcool et de poésie, Timothy est un enfant turbulent. Il quitte le High-School à 16 ans, découvre le théâtre amateur et prend alors des cours de danse. « Comme j’avais une formation de danseur, on me donnait tous les personnages à mort violente ou spectaculaire qui exigent de la souplesse. Combien de fois ai-je dû tomber d’un balcon… » À l’époque, se souvient-il, son rêve était de « jouer des personnages diaboliques » pour se dissimuler derrière le masque de la vilenie.

En 1953, Findley rencontre Alec Guinness. Au moment où l’acteur britannique l’invite à venir travailler à Londres, un producteur de Broadway lui offre un rôle dans une adaptation de L’Immoraliste d’André Gide, avec Geraldine Page et Louis Jourdan. Après réflexion, Findley choisit de s’envoler pour Londres et c’est James Dean qui le remplacera dans L’Immoraliste. En Angleterre, Findley travaille avec John Gielgud et joue Orsic dans Hamlet sous la direction du metteur en scène Peter Brook. Les tournées se multiplient. Findley joue à Berlin et à Moscou. En 1954, alors qu’il se rend en avion à Dublin, il s’écrase dans un champ de patates près de Manchester. « J’ai cessé de prendre l’avion pendant dix ans mais j’ai continué à manger des patates. » En 1957, il émigre à Los Angeles et tire le diable par la queue. Au début des années 1960, il rencontre celui qui deviendra l’homme de sa vie, l’acteur William Whitehead, ex-étudiant en sciences et auteur d’une thèse d’entomologie sur la veuve noire. « L’un de nous deux est parfait, souligne William, mais par modestie, je ne dirai pas lequel. » « En fait, à nous deux, nous sommes parfaits », précise Timothy. Les deux hommes se lient lors d’une production du Balcon de Genet. À partir de 1964, tous deux troquent le costume de l’acteur pour la plume de l’écrivain et s’établissent dans une ferme luxueuse située à deux heures de train de Toronto, baptisée Stone Orchard en hommage à The Cherry Orchard (La Cerisaie) de Tchékhov et qui sera au centre d’un récit paru en 1998, From Stone Orchard : A Collection of Memories, publié en français sous le titre Le Verger de pierres : Un bouquet de souvenirs.

Au théâtre, Timothy Findley a appris à manier le langage, à brosser des portraits et à se cacher derrière des protagonistes censés parler à sa place. « Un procédé très lâche, mais tellement commode pour pouvoir tout dire sans être vraiment là. » Lorsque vient le désir d’écrire, il travaille longtemps en solitaire et essuie bien des refus d’éditeurs avant de publier son premier roman en 1967, Le Dernier des fous, qui met en scène un adolescent aux prises avec une famille dysfonctionnelle, le premier d’une série de livres où la « cellule familiale » en prend pour son rhume. Car la famille, dans l’œuvre de l’écrivain, est une sorte de prison, une cage aux barreaux plus ou moins espacés, à l’intérieur de laquelle les individus tentent de survivre par des moyens divers, sans parvenir à défaire les liens forgés par le sang, l’amour et la haine. En fait, les romans de Findley (parus en français aux éditions Le Serpent à plumes) forment une série de branches accrochées au tronc d’un arbre unique : même lorsqu’ils explorent des registres différents, toujours ils conservent une cohérence. L’inspiration peut être sentimentale (comme dans Nos adieux), plutôt réaliste (dans Guerres) ou aux limites du fantastique (dans Pilgrim, où Carl Gustav Jung est invité à traiter le cas d’un homme qui a rencontré Léonard de Vinci, Oscar Wilde et Thérèse d’Avila, et qui fut tour à tour homme et femme!), l’œuvre n’en conserve pas moins de fortes ramifications. La guerre en est une, comme la famille étouffante et les chagrins d’enfants.

Son roman Guerres lui apporte une renommée internationale. Après quoi, il aligne les œuvres majeures telles Le Grand Elysium Hôtel et Le Chasseur de têtes, qui se veut une réécriture du Cœur des ténèbres de Joseph Conrad, dont Francis Ford Coppola s’est inspiré pour son film Apocalypse now. Dans les blanches ténèbres d’une clinique, un psychiatre pervers et cupide soigne des tueurs psychotiques, des anorexiques, des travestis, mais aussi un ex-ministre des Finances, une présentatrice de télé, le président d’une banque du Canada et un certain Timothy Findley : « À la fin des années 1960, j’ai été soigné pour dépression et alcoolisme. J’ai aussi cherché du secours dans la psychanalyse. Ce fut une horreur. J’allais chez le docteur Snow. Il voulait à tout prix me guérir de mon homosexualité. Il figure dans le roman sous le nom du maléfique docteur Bagg. » Thriller au parfum néogothique, Le Chasseur de têtes permet non seulement à Findley d’abolir les frontières entre la réalité et la fiction, il lui permet de proclamer haut et fort que, dans notre monde pétrifiée par la déraison, la belle et créative folie mérite d’être revendiquée.

Amoureux de la France, Timothy Findley – qui se présentait lui-même comme un aimable misanthrope – et son copain Bill acquièrent dans les années 1990 une maison à Cotignac (Côte-d’Azur), pour « fuir le fax ». L’auteur d’Elizabeth, roi d’Angleterre mourra non loin de là, à Toulon, face à la mer, le 21 juin 2002, à l’âge de 72 ans.