
L'Iliade
2 SUPPLÉMENTAIRES : MERCREDI 10 ET JEUDI 11 OCTOBRE !
- Homère (auteur)
- Georges Leroux (conseiller_dramaturgique)
- Alexis Martin (auteur)
Homère ! À ce nom, le cœur des Grecs de toute époque frémit, chacun retrouve en lui l’origine d’une culture millénaire et qui n’est pas près de s’épuiser. Platon, qui l’apostrophe dans la République, le remercie d’avoir créé la langue grecque et d’y avoir déposé le trésor des mythes. Chaque écolier qui depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours apprend par cœur un morceau de L’Iliade ou de L’Odyssée est appelé à se souvenir de l’admiration de Platon : dans le texte de l’épopée se trouvent condensées les coutumes et les croyances d’un peuple qui a trouvé chez Homère le foyer de son histoire et de son unité.
Le vieux poète aveugle
Mais alors que toute l’Antiquité croyait en l’existence historique de ce poète, vieux rhapsode aveugle, et racontait dans le détail sa biographie, les modernes se sont mis à en douter : la rédaction des deux épopées montrait trop de différences pour être l’œuvre d’une même main, pour ne rien dire des anachronismes dans la description de la société. La question homérique est d’abord un problème littéraire, car historiquement nous ne trouvons aucune trace du poète : pour le connaître, nous ne disposons que du texte des poèmes. Comme tant de traditions orales comparables, notamment celles des Balkans, la tradition épique des peuples du Péloponnèse et de la Grèce continentale s’est lentement unifiée, en intégrant autour d’un récit central (la Guerre de Troie pour L’Iliade, le retour d’Ulysse dans sa patrie, pour L’Odyssée) une grande variété d’épisodes et de personnages héroïques, repris de légendes archaïques provenant de toutes les parties de la Grèce. Récités et chantés par des aèdes, ces épisodes ont été fixés par écrit, autour des années 800 avant notre ère. « Homère » a certainement existé, car ces poèmes sont l’œuvre d’un écrivain ou de plusieurs qui les ont rédigés. Sans doute y eut-il sous ce nom plus d’un auteur, même si à ce jour personne ne peut dire combien, ni qui ils furent. Il faut donc dire adieu aux légendes qui faisaient naître le poète sur l’île de Chios ou ailleurs, il faut seulement admirer des textes aussi grands que celui de Dante, en renonçant à connaître leur auteur.
Par Georges Leroux
Georges Leroux est philosophe. Professeur au Département de philosophie de l'Université du Québec à Montréal, spécialiste en philosophie grecque, traducteur de Platon et de Plotin, il a publié de nombreuses études sur la tradition platonicienne. Auteur de plusieurs articles et ouvrages, écrits seul ou en collaboration, il est une véritable conscience dans la Cité, qui croit important d'intervenir régulièrement, par la voie des revues et des journaux, pour aborder des questions de philosophie et d'esthétique. Vous l'écoutiez peut-être sur les ondes de la regrettée Chaîne culturelle de Radio-Canada, où il créait des ponts et des "passages" entre les événements et les idées, rendait plus lisibles et compréhensibles les secousses historiques qui ébranlent notre planète. Vous le lisez peut-être dans Le Devoir, où il rend compte avec lucidité et empathie des essais signés par nos contemporains capitaux. Alexis Martin a eu la chance de pouvoir compter, tout au long du processus d'adaptation et de mise en scène de L’Iliade, sur la présence à ses côtés de cet éminent l'helléniste. Nous avons maintenant le grand privilège d'avoir nous-mêmes Georges Leroux comme guide, capable mieux que quiconque de nous éclairer sur le monde d'Homère, puisque ce grand spécialiste de l'Antiquité grecque signe la quasi-totalité des textes de ce programme.
Par Stéphane Lépine
Fils du journaliste Louis Martin, lié aux heures glorieuses de notre radio et télévision d’État, fils spirituel de Jean-Pierre Ronfard, ce grand homme de théâtre dont l’influence sur le paysage culturel québécois a été et restera énorme, fils idéaliste d’un père auquel il s’opposait et dont il pourfendait les valeurs dans sa pièce Matroni et moi, dont un film fut tiré, Alexis Martin est un fils. Et il est aussi le fils de tous ces écrivains qui, depuis toujours l’accompagnent, Georges Bataille en tête. Comme les artistes les plus lucides, conscients de leur inscription dans le temps et dans l’histoire, Alexis Martin tient qu’il n’est aucune création vivante qui vaille si elle ne se rattache à la fois à la nécessité absolue de l’invention (c’est-à-dire à l’exploration de territoires nouveaux, insoupçonnés, et qu’on ne pourrait découvrir autrement) et à la prise en compte de ce qui nous a été légué et qu’il convient sans fin de réactiver.
Figure d’exception
Préoccupé par la transmission et la généalogie, par ce qui se passe d’une génération à l’autre, Alexis Martin ouvre les placards de l’Histoire, que ce soit dans Hitler ou dans TRANSIT – section no 20, cette pièce dans laquelle il balayait le 20e siècle, de la révolution bolchévique au triomphe de la superpuissance américaine. Et le printemps dernier il s’inspirait du Râmâyana, ce long poème épique sanskrit, pour cosigner La Marche de Râma. Ainsi entre-t-il fréquemment en dialogue avec les « maîtres anciens », que ce soit Shakespeare ou Homère, et livre son Périclès, son Odyssée et aujourd’hui son Iliade. Et le metteur en scène Alexis Martin rêve de monter La Mort de Danton de Georg Büchner. Pas étonnant, car le maître d’œuvre de L’Iliade emprunte bien des traits au héros de la Révolution française.
Satiriste, parodiste, pamphlétaire aussi parfois, le codirecteur du Nouveau Théâtre Expérimental est un homme sensible aux inégalités sociales, aux manières retorses qu’emprunte le pouvoir pour assurer son contrôle sur le peuple. En fait foi sa pièce intitulée Révolutions, dans laquelle il proclamait, en une fable décapante, que la meilleure façon de manipuler une population est de lui retirer l’accès à l’éducation et au langage, au pouvoir des mots et de la parole.

