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Photo : Jean-François Gratton / Une communication d'orangetango
Pascale Montpetit, Sylvie Drapeau et Sophie Cadieux forment un trio de Castafiore au charme irrésistible !





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L'Imprésario de Smyrne

DU 15 AVRIL AU 10 MAI 2008
Durée du spectacle : 2 h 30 avec entracte
De Carlo Goldoni
Traduction Marco Micone
Mise en scène Carl Béchard

Carlo Goldoni
Texte
  • Carlo Goldoni et l’univers de la villégiature

Né à Venise en 1707, celui qui deviendra le grand réformateur de la comédie italienne semble prédestiné au théâtre et à l’aventure, grandissant entre un grand-père amateur de spectacles, une mère éprise de carnavals et un père médecin, impénitent voyageur. Héritant de l’esprit nomade de ce dernier mais peu enclin à embrasser la même profession, source d’une terreur sourde l’enveloppant de ses « vapeurs hypocondriaques », c’est par la voie du théâtre que le jeune Goldoni, après une brève carrière juridique, choisit d’étudier le cœur des hommes. Abandonnant dès qu’il le peut sa fonction d’avocat vénitien, il consacre le reste de sa longue vie à l’écriture, se faisant le poète attitré de la troupe de Medebach (1750) avant de joindre le théâtre San Luca (1753). Auteur immensément prolifique   il a écrit une quinzaine de tragi-comédies, plusieurs livrets d’opéras et plus d’une centaine de comédies.

Nourrie de la fine observation de ses semblables et de ses nombreuses pérégrinations, à l’étranger comme en province, à Florence et à Bologne, dans les dédales sombres ou les nobles demeures de « la Sérénissime », la plume de Goldoni s’attache à faire tomber les masques de l’artifice pour mettre au jour le réel. Portraitiste attentif d’une époque agitée de bouleversements politiques et philosophiques, où s’affirme graduellement l’esprit des Lumières, l’auteur donne une voix nouvelle à divers groupes sociaux.

  • La villégiature au miroir de la vanité sociale

Écrite à l’apogée d’une période faste (1750-1761) où, malgré la persistance des chamailleries avec Gozzi, les pièces de Goldoni rayonnent dans l’enceinte de Venise comme à l’extérieur, La Trilogie de la villégiature (1761) se déploie comme le fidèle reflet, aux traits à peine grossis, de l’obsession de la villégiature sévissant alors en Italie. Instituée au 16e siècle par des patriciens vénitiens ayant choisi de ne plus investir leurs richesses dans les affaires (en proie à l’instabilité) mais plutôt dans l’exploitation de leurs terres, la villégiature a peu à peu donné naissance à une émulation démesurée entre les grandes familles se retirant à la campagne pour l’été, celles-ci rivalisant dans l’étalage du luxe architectural et des frivolités paysagères et vestimentaires. Au fil du temps, cet usage s’est étendu à la petite noblesse puis à la haute et à la moyenne bourgeoisie. Or, ironiquement, cette retraite avantageuse pour les plus riches s’est avérée périlleuse pour les petits bourgeois qui n’hésitaient pas à risquer leur mince fortune pour partir en villégiature coûte que coûte, obéissant aux diktats des modes, s’abandonnant au badinage amoureux et à une insouciance de façade avant l’abrupt retour à la réalité. Amusé autant que navré par le phénomène, Goldoni note dans ses Mémoires : « Cet argument est si fécond en ridicule et en extravagances, qu’il m’a fourni la matière de cinq comédies ». Il s’agit des Mécontents (1755), de La Villégiature (1756) et, bien sûr, des trois textes composant la trilogie : La Manie de la villégiature, Les Aventures de la villégiature et Le Retour de la villégiature. Indissociables, ces pièces dépassent leur contexte d’énonciation pour donner à voir les travers et les tourments intemporels qui peuvent couver sous l’excès de vanité sociale.

Par Catherine Cyr