photo_piece_La Charge de l'orignal épormyable
Photo : Jean-François Gratton / Une communication orangetango
Céline Bonnier et François Papineau




Logo
Logo
Logo

La Charge de l'orignal épormyable

DU 10 MARS AU 4 AVRIL 2009
SUPPLÉMENTAIRES LES 7 ET 8 AVRIL
de Claude Gauvreau
Mise en scène Lorraine Pintal

Durée du spectacle : 2 h 15 sans entracte

  1. CLAUDE GAUVREAU, LE HAUT-PARLEUR
  2. LES MOTS DE LA FOLIE
  3. LES 60 ANS DU REFUS GLOBAL


CLAUDE GAUVREAU, LE HAUT-PARLEUR

Dans les années 1950, Gauvreau signait des critiques de théâtre, dans une publication ayant pour nom Le Haut-Parleur. Il n’aurait su trouver véhicule mieux nommé à sa prose tantôt enchantée, tantôt vitriolique. Oui, Gauvreau était et demeure un haut-parleur. Proses et poésies, monologues et envolées verbales, coups de gueule et charges épormyables contre l’obscurantisme et l’engourdissement des consciences, les œuvres de Claude Gauvreau ont fait date dans l’histoire du théâtre et de la littérature québécoises. Chez cet écrivain furieusement vivant, l’abondance des objets et la diversité des formes employées rivalisent, avec humour et invention, avec la richesse d’une langue novatrice. Une langue à nulle autre pareille, une langue puissamment inscrite dans le corps, une langue qu’il faut dire comme on parle et comme on respire, et non comme on récite, en retenant son souffle. Car Claude Gauvreau ne retient rien. C’est un éructeur, un imprécateur, qui dénonce la frilosité et annonce un Québec libéré et désentravé. Il prend la parole et la donne. Il ouvre les vannes, et joue aux yeux de tous le rôle de l’exutoire. Il nous décharge de nous en se soulageant de lui-même.

L’œuvre de Gauvreau est une œuvre de poète qui apporte à la scène et à l’écriture de nouvelles notions : les mots sont des objets concrets, de la matière de révolte. Tout chez lui est affaire de souffle et d’énergie. Gauvreau invente des mots, il invente des mondes et dit que le théâtre est une histoire d’oreille. À bon entendeur…






LES MOTS DE LA FOLIE

Il ne fait aucun doute qu’on peut aujourd’hui voir La Charge de l’orignal épormyable comme le plus sensible et troublant regard porté sur les conditions atroces des « aliénés » placés en asile psychiatrique et sur le combat d’un homme aux prises avec des troubles psychiques, certes, mais plus encore avec les autorités médicales et sociales, soucieuses de maintenir en laisse qui ose transgresser les limites. Michel Foucault, qui a proposé un essai, tentative pour établir un dialogue entre folie et déraison, a dessiné, comme l’a si bien fait remarquer le philosophe et écrivain Maurice Blanchot, une « histoire des limites, de ces gestes obscurs, nécessairement oubliés dès qu’accomplis, par lesquels une culture rejette quelque chose qui sera pour elle l’Extérieur » La lecture de l’Histoire de la folie à l’âge classique, parue en 1972 est particulièrement éclairante lorsqu’on aborde le « cas » Gauvreau, le cas de cet homme à la fois fort et fragile, trop « déraisonnable » aux yeux des bien-pensants du Québec duplessiste et de l’Église, blessé par le système carcéral et violent qu’étaient les institutions psychiatriques du Québec des années 1960.






LES 60 ANS DU REFUS GLOBAL

La liberté d’expression des artistes des années 1940 est paralysée par l’idéologie conservatrice du gouvernement de Maurice Duplessis et de l’Église. C'est l’époque dite de la « grande noirceur ». Pour se sortir de ce carcan, un groupe d’artistes appartenant aux « Automatistes », inspiré par les idées de Paul-Émile Borduas et composé de Madeleine Arbour, Marcel Barbeau, Bruno Cormier, Pierre Gauvreau, Muriel Guilbault, Marcelle Ferron-Hamelin, Fernand Leduc, Thérèse Leduc, Jean-Paul Mousseau, Maurice Perron, Louis Renaud, Françoise Riopelle, Jean-Paul Riopelle et Françoise Sullivan, rédige un manifeste révolutionnaire : Refus global. Claude Gauvreau en était sans contredit l’un des signataires les plus engagés. En voici un extrait :


« Au diable le goupillon et la tuque! (…)

Le règne de la peur multiforme est terminé.

Dans le fol espoir d'en effacer le souvenir je les énumère: peur des préjugés, peur de l’opinion publique, des persécutions, de la réprobation générale, peur d’être seul sans Dieu et la société qui isole très infailliblement, peur de soi, de son frère, de la pauvreté, peur de l’ordre établi, de la ridicule justice, peur des relations neuves, peur du surrationnel, peur des nécessités, peur des écluses grandes ouvertes sur la foi en l’homme, en la société future, peur de toutes les formes susceptibles de déclencher un amour transformant, peur bleue, peur rouge, peur blanche : maillon de notre chaîne. (…)

Rompre définitivement avec toutes les habitudes de la société, se désolidariser de son esprit utilitaire. Refus d’être sciemment au-dessous de nos possibilités psychiques. Refus de fermer les yeux sur les vices, les duperies perpétrées sous le couvert du savoir, du service rendu, de la reconnaissance due. Refus de se taire (faites de nous ce qu’il vous plaira mais vous devez nous entendre). Refus de la gloire, des honneurs (le premier consenti) : stigmates de la nuisance, de l’inconscience, de la servilité. Refus de servir, d’être utilisables pour de telles fins. Refus de toute INTENTION, arme néfaste de la RAISON. À bas toutes deux, au second rang! 


Place à la magie!
Place aux mystères objectifs!
Place à l’amour!
Place aux nécessités! Au refus global nous opposons la responsabilité entière. (…)

Hier, nous étions seuls et indécis. Aujourd'hui un groupe existe aux ramifications profondes et courageuses; déjà elles débordent les frontières.

Un magnifique devoir nous incombe aussi : conserver le précieux trésor qui nous échoit. Lui aussi est dans la lignée de l’histoire. (…)

Ce trésor est la réserve poétique, le renouvellement émotif où puiseront les siècles à venir.

Que ceux tentés par l’aventure se joignent à nous.

Au terme imaginable, nous entrevoyons l’homme libéré de ses chaînes inutiles, réalisé dans l’ordre imprévu, nécessaire de la spontanéité, dans l’anarchie resplendissante, la plénitude de ses dons individuels.

D’ici là, sans repos ni halte, en communauté de sentiment avec les assoiffés d'un mieux-être, sans crainte des longues échéances, dans l'encouragement ou la persécution, nous poursuivrons dans la joie notre sauvage besoin de libération. »