
Le Mariage de Figaro
SUPPLÉMENTAIRES DU 11 AU 14 FÉVRIER
de Beaumarchais
Mise en scène Normand Chouinard
Durée du spectacle : 2 h 45 incluant l'entracte
BEAUMARCHAIS AU CINÉMA
En 1950, Sacha Guitry signe un Beaumarchais en deux actes et dix-neuf tableaux : une collection d’aventures et de galanteries, de mots d’auteurs et d’anachronismes demeurée inédite et qu’il ne portera ni à la scène ni à l’écran. Il faudra attendre 1966 pour que la vie de l’auteur du Mariage de Figaro fasse l’objet d’un téléfilm, réalisé par le metteur en scène et réalisateur français Marcel Bluwal qui, à la fin des années 1950, avait réalisé une trentaine de dramatiques en direct (comme aux belles heures de Radio-Canada), dont un mémorable Barbier de Séville. Puis, en 1996, vint le film d’Édouard Molinaro Beaumarchais l’insolent, d’après la pièce de Sacha Guitry, avec Fabrice Luchini dans le rôle de Beaumarchais, un Luchini étonnamment sobre, aussi retenu qu’altruiste sous les bonnes humeurs inspirées de son personnage historique. Le style inimitable de Guitry est perceptible à chaque instant : chaque réplique de Beaumarchais est un mot d’auteur, le moindre de ses gestes un haut fait et le personnage devient le porte-parole d’idées sur tout : la démocratie, la justice, l’indépendance, la sexualité. Le réalisateur préfère la polyvalence du personnage à ses contradictions et la modernité de cette histoire à son épaisseur. En fait, ce n’est pas tant l’auteur de théâtre qui intéresse Molinaro que l’homme politique éclairé, à la fois magistrat favorisant les démunis contre les nantis et idéologue persifleur accélérant un processus historique qu’il avait su voir venir.
C’ÉTAIT IL Y A 37 ANS…
1971. Quelques années à peine après l’Exposition Universelle. Comme le Québec, le TNM, qui célèbre ses vingt ans, s’ouvre alors sur le monde. Pour souligner cet anniversaire, le directeur artistique d’alors, Jean-Louis Roux, invite le grand homme de théâtre français Jean-Louis Barrault à venir monter Le Mariage de Figaro. La distribution est prestigieuse : Jean-Louis Roux (le Comte Almaviva), Han Masson (la Comtesse), Albert Millaire (Figaro), Ghislaine Paradis (Suzanne), Hubert Gagnon (Chérubin), Guy Hoffmann (Bartholo), Guy L’Écuyer (Antonio), François Rozet (Don Gusman Brid’oison) et Denise Morelle (Marceline). Si Le Mariage de Figaro a connu au moins deux autres productions à Montréal (en 1988 à la Nouvelle Compagnie Théâtrale avec Guy Nadon en Figaro et en 1998 au Rideau Vert avec Marc Béland en Figaro), ce n’est donc que la seconde fois que le TNM propose à son public le chef-d’œuvre de Beaumarchais.
LECTURES SUGGÉRÉES
Auteur de nombreux ouvrages remarquables, dont un Donatien Alphonse François, marquis de Sade, désigné par Bernard Pivot et l’équipe du magazine Lire « meilleur livre » de l’année 1991, Maurice Lever est l’un des plus grands spécialistes français de la littérature et de l’histoire des 17e et 18e siècles. Il publiait aux éditions Fayard, en 1999, 2003 et 2004, les trois volumes d’une monumentale biographie de l’auteur du Mariage de Figaro : L’Irrésistible Ascension 1732-1774, Le Citoyen d’Amérique 1775-1784 et Dans la tourmente 1785-1799. Ces ouvrages fouillés sur le fameux créateur de Figaro réussissent à refléter la multiplicité de ses activités : espion, diplomate, commerçant, armateur, créancier, spéculateur, publiciste, marchand d’armes et auteur dramatique. Cette trilogie constitue une incontournable référence sur cet auteur qui disait avoir vécu « deux cents ans! ». Mais qui n’a pas le courage de s’engager dans cette somme de plus de 1 600 pages peut se tourner vers Beaumarchais – Le Voltigeur des Lumières de Jean-Pierre de Beaumarchais, paru dans la collection Découvertes chez Gallimard : un ouvrage concis et très richement illustré. Et pour qui souhaiterait relire le théâtre complet de Beaumarchais, l’édition de La Pochothèque / Classiques Garnier, publiée l’année du bicentenaire de sa mort, présentée et annotée par le même Jean-Pierre de Beaumarchais, est sans doute actuellement la plus recommandable.
LA CRÉATION DU MARIAGE DE FIGARO
La première publique du Mariage de Figaro eut lieu le 27 avril 1784 à la Comédie-Française. La curiosité du public était attisée par les réticences royales et par les six censures qu’avait dû subir la pièce. Voici comment la Correspondance littéraire rapporte l’événement : « Jamais pièce n’a attiré une affluence pareille au Théâtre-Français : tout Paris voulait voir ces fameuses Noces [sic] et la salle s’est trouvée remplie presque au moment où les portes ont été ouvertes au public; à peine la moitié de ceux qui les assiégeaient depuis huit heures du matin a-t-elle pu parvenir à se placer : la plupart entraient par force en jetant leur argent aux portiers… Plus d’une duchesse s’est estimée ce jour-là trop heureuse de trouver dans les balcons, où les femmes comme il faut ne se placent guère, un méchant petit tabouret. » La pièce eut 68 représentations consécutives – un record pour l’époque.
COMMENT PIERRE-AUGUSTIN CARON DEVINT BEAUMARCHAIS
Un jour, Pierre-Augustin voit entrer dans sa boutique une femme qu’il se souvient avoir entrevue à la cour. Sa montre a besoin d’être révisée, dit-elle. C’est l’épouse d’un certain Francquet, fonctionnaire et propriétaire d’une forêt située à Beaumarchais! Pierre-Augustin se fait un devoir de remettre à l’heure la montre de cette femme qui ne connaît de la vie que ce que lui en ont montré les bonnes sœurs du couvent et, par la suite, son fort vieux mari. Mais le vieux mari en question a la délicatesse de s’éclipser et de mourir dès l’année suivante. C’est ainsi qu’en novembre 1756, le fils Caron, âgé de 25 ans, épouse Madeleine-Catherine Francquet, de dix ans son aînée. Il hérite par le fait même de la charge et des propriétés du défunt. Mais, dix mois plus tard, voilà que Madeleine-Catherine succombe à son tour à ce qui semble avoir été une cure de rajeunissement trop subite! Et comme on ne s’était pas préoccupé de questions légales, Pierre-Augustin perd tout. Il ne garde que le nom, de Beaumarchais, et un nouvel intérêt, bien compréhensible, sur la façon de s’assurer une nouvelle fortune. Dorénavant, notre Beaumarchais ne voudra plus jamais dépendre que de lui-même.

