
Le Mariage de Figaro
SUPPLÉMENTAIRES DU 11 AU 14 FÉVRIER
de Beaumarchais
Mise en scène Normand Chouinard
Durée du spectacle : 2 h 45 incluant l'entracte
UN MARIAGE RÉVOLUTIONNAIRE
L’action du Mariage de Figaro est haletante. La trame en est bourrée d’incidents et de péripéties, où la farce, la comédie et le drame se succèdent dans un climat de fébrile sensualité. Le puissant homme d’affaires qu’était Beaumarchais atteint là le moment où son écriture et sa personnalité, son style et son tempérament se rejoignent pour donner une œuvre puissamment originale. Dans les deux comédies que sont Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro, Beaumarchais se rit effrontément de l’ordre établi.
La création du Mariage de Figaro a marqué l’histoire du théâtre sous plus d’un aspect. Pour la première fois les revendications des classes opprimées étaient ouvertement exprimées sur scène. La finesse d’esprit, le sens de la répartie de Figaro sont perçues, dès la création de la pièce, comme la démonstration éclatante de la supériorité intellectuelle et du bon droit du Tiers État sur les privilèges de l’aristocratie. La pièce est l’expression même, à travers le personnage de Figaro, des violences de Beaumarchais. « Parce que vous êtes un grand seigneur, s’écrie Figaro, vous vous croyez un grand génie…; vous vous êtes donné la peine de naître, rien de plus…; tandis que moi, morbleu! » C’est le fils de l’horloger de la rue Saint-Denis qui parle, celui qui a dû acheter le droit d’arborer un nom à particule. Figaro est porteur de toutes les idées nouvelles, il défend la valeur personnelle contre la naissance, le mérite contre la fortune, l’esprit contre le droit arbitraire. Il le fait avec un esprit étincelant. Il est le héraut de la geste révolutionnaire. Quand il demande : « Aux qualités que l’on exige d’un valet, connaissez-vous beaucoup de maîtres qui seraient dignes d’êtres serviteurs? », la salle entière attend la question et y répond avec lui.
D’un point de vue plus spécifiquement théâtral, Beaumarchais introduit une nouvelle dynamique en fondant le comique sur des dialogues vifs et une conception du mouvement ; parmi les inventions de Beaumarchais, il faut lui faire l’honneur de celle-ci, qui risque de passer inaperçue : la mise en scène. » En fait, non seulement Beaumarchais a multiplié les indications de mise en scène, mais il a dirigé lui-même les comédiens au cours des quinze jours de répétitions. Cela ne s’était jamais vu et les spectateurs en ont eu plein la vue!
BEAUMARCHAIS, LA VENUE AU MONDE D’UN TOUCHE-À-TOUT DE GÉNIE
Beaumarchais fut un pur produit de son siècle, un prodigieux manieur d’affaires, un arriviste, un Figaro avant la lettre, dont l’œuvre, qui tient essentiellement à ces deux ouvrages majeurs que sont Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro, est certainement inspirée du personnage qu’il était lui-même.
Aujourd’hui, on retient avant tout l’écrivain qu’était Beaumarchais, qui a renouvelé la comédie et la façon de concevoir le théâtre. Inventeur qui a marqué l’histoire de l’horlogerie, il a su saisir l’importance qu’auraient dans l’avenir des innovations technologiques telles l’eau courante, l’électricité ou les premiers balbutiements de l’aéronautique. Il alliait aussi à un sens inné des affaires une compréhension visionnaire des enjeux de la politique internationale qui l’amènera à s’impliquer personnellement jusqu’à risquer sa vie plus d’une fois.
Mais dès le début, le succès de ses entreprises lui a valu d’être pris en grippe par des jaloux et, toute sa vie, il eut à faire face à la calomnie, cette calomnie qui lui a inspiré le prodigieux monologue de Don Bazile dans Le Barbier de Séville. Ce n’est certes pas pour rien si sa devise était « ma vie est un combat » et s’il a fait de Figaro son alter ego sur scène. C’est qu’à chaque fois, par ses pamphlets et ses plaidoiries, transformant toujours ses procès en spectacle avec un sens impitoyable de l’ironie, Beaumarchais a su littéralement « faire la barbe » à ses détracteurs.
Beaumarchais est né à Paris le 24 janvier 1732. De son vrai nom Pierre-Augustin Caron, il était le fils d’un horloger qui tenait boutique sur la rue Saint-Denis à Paris. Non seulement son père était-il l’un des maîtres de sa profession, mais il était aussi doué de qualités dont va hériter le fils : un sens de l’humour et de la répartie irrésistible, une capacité de travail phénoménale et une curiosité insatiable, autant pour les choses de l’art que de la science.
Dans son enfance, Pierre-Augustin apprend le français, le latin et l’histoire au collège. Puis, il entre comme apprenti à l’atelier de son père.. Pendant huit ans, il apprendra donc le métier avec tout ce que cela comporte de concentration et de précision dans le travail.
À partir du moment où il fraie dans l’entourage royal et obtient une charge de secrétaire, dans les années 1750, Beaumarchais, aussi habile que son Figaro, ne va pas cesser de spéculer, de tromper, de calculer. Il s’enrichit, rate un ou deux mariages fructueux et finit par épouser une seconde et riche veuve, après avoir été le mari de Madeleine-Catherine Francquet.
En 1777, Beaumarchais fonde la Société des Auteurs Dramatiques pour défendre leurs intérêts face aux comédiens de la Comédie-Française, qui détiennent tous les pouvoirs par privilège du roi, y compris celui de s’approprier les droits des pièces jouées dans leur théâtre. Et à la mort de Voltaire, il se lance dans une luxueuse édition des œuvres complètes de son maître à penser. En 1782, à l’âge de 50 ans, il annonce le retour de Figaro, que nous avions appris à connaître dans Le Barbier de Séville. Ce sera Le Mariage de Figaro. Après l’avoir lue, Louis XVI l’interdit. Mais deux ans plus tard, en 1784, Beaumarchais réussit par on ne sait trop quel tour de passe-passe à faire créer sa pièce….
Au moment de la Révolution, la popularité de Beaumarchais n’est toutefois plus ce qu’elle était. Son opulence satisfaite lui a aliéné le public. Après avoir fait jouer La Mère coupable, il apprend qu’il est porté sur la liste des émigrés : il ne pourra rentrer en France qu’en 1796. L’âge et les tracas ont alors ruiné son prodigieux tempérament. Il écrit un mémoire pour se justifier, Mes six époques, et le 17 mai 1799, une attaque d’apoplexie le foudroie. Danton déclarera alors : « Figaro a tué la noblesse. »

