
Le Retour
En Sorties du TNM du 16 janvier au 7 février 2009
d'Harold Pinter
Traduction René Gingras
Mise en scène Yves Desgagnés
Durée du spectacle : 2 h 30 incluant l'entracte
UN JEU DANGEREUX
par Yves Desgagnés
Harold Pinter a été un grand lecteur d’Ernest Hemingway. Et il a déjà déclaré : « Je me fiche du style. » Il y a sûrement une part de provocation dans ces propos, mais, comme cela peut être le cas chez l’auteur de L’Adieu aux armes, Pinter travaille avec une remarquable économie de moyens, met en scène des personnages qui ne sont pas bavards, qui ne peuvent pas mettre des mots sur ce qu’ils vivent et ressentent. C’est ainsi que le drame surgit, à l’improviste, qu’une toile d’araignée se tisse sans que nous en ayons vraiment conscience …
Pinter écrit autant les silences que les paroles. Et le fait qu’il y ait un silence après une réplique change complètement le sens de ce qui précède et de ce qui suit. Le respect de ces silences et de toutes les indications scéniques est absolument essentiel. Les pièces de Pinter sont écrites comme des partitions musicales et tout n’est pas inscrit dans les mots, mais aussi dans les intervalles et le rythme. C’est ainsi d’ailleurs que je vais aborder Le Retour, dans un respect total de la partition. Et puis comme chez Hemingway, c’est vrai, il n’y a jamais d’envolées poétiques chez Pinter. Voilà une œuvre qui a un contenu direct et même cru à certains moments, et il faut respecter cette sécheresse et cette crudité. C’est aussi une œuvre troublante au plan moral, et qui reste percutante même quarante ans après sa création. Il ne faut toutefois jamais oublier que cette pièce a été écrite en 1965, en pleine révolution sexuelle. Aussi je crois qu’il est vraiment essentiel de réinscrire la pièce dans son époque, de situer l’action en 1965, en plein mouvement de libération des femmes. Le Retour parle aussi de cela. Le personnage de Ruth ose affirmer une sexualité affranchie, ce qui n’était pas encore si répandu alors.
Extrait d’une entrevue réalisée par Stéphane Lépine pour L’Emporte-pièces.
YVES DESGAGNÉS
Metteur en scène, comédien, auteur et cinéaste, Yves Desgagnés fait feu de tout bois, de la création au répertoire, des œuvres iconoclastes du Nouveau Théâtre Expérimental jusqu’au récent Roméo et Juliette au cinéma, de la pièce Pop Corn au Festival Juste pour rire à la mise en scène du dernier spectacle d’Isabelle Boulay, Ta route est ma route, de ses rôles dans les téléromans de Victor-Lévy Beaulieu L’Héritage et Montréal P.Q. à la mise en scène de la comédie musicale Sherazade les mille et une nuits de Félix Gray, qui sera créée en février 2009 à l’Olympia. Ce parcours effervescent s’accompagne de grandes fidélités à ses traducteurs (René Gingras et Élizabeth Bourget), à ses concepteurs (les scénographes Stéphane Roy et Martin Ferland, la conceptrice de costumes Judy Jonker, la compositrice Catherine Gadouas, l’éclairagiste Michel Beaulieu), à certains comédiens tels Patricia Nolin, Michel Dumont ou Maude Guérin, avec qui il entretient un dialogue parfois vieux de vingt-cinq ans. Ces ardentes amitiés artistiques lui permettent sans aucun doute d’aller encore plus loin dans l’approfondissement d’une œuvre. Qu’on se rappelle sa splendide trilogie Shakespeare au TNM : Le Songe d’une nuit d’été en 2000, Les Joyeuses Commères de Windsor en 2002 et La Nuit des rois en 2003. Ou ses quatre mises en scène d’œuvres d’Anton Tchekhov : Ivanov, Les Trois Sœurs et Oncle Vania à la Compagnie Jean-Duceppe, respectivement en 1993, 1995 et 2006, et La Mouette au TNM à l’hiver 2007. Yves Desgagnés est un artiste fidèle qui ne fait jamais les choses qu’une fois!
