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Photo : Jean-François Gratton / Une communication orangetango

Le Retour

DU 4 NOVEMBRE AU 29 NOVEMBRE 2008
En Sorties du TNM du 16 janvier au 7 février 2009
d'Harold Pinter
Traduction René Gingras
Mise en scène Yves Desgagnés

Durée du spectacle : 2 h 30 incluant l'entracte

  1. René Gingras (traducteur)
  2. Harold Pinter (auteur)
René Gingras

THÉÂTRE Professeur à la Section d’écriture dramatique à l’École nationale de théâtre (titulaire de 1990 à 1995) / Auteur en résidence au TNM (1987) et à la Chartreuse de Villeneuve Lez Avignon (1989) / Président du CEAD 1991-1992 / Auteur dramatique / Scénariste / Traducteur 

ÉCRITURE
Syncope (m.e.s. Yves Desgagnés, Médium médium) / Le Facteur réalité (m.e.s. Daniel Roussel), La Compagnie des animaux et Jacynthe, de Laval (m.e.s. Y. Desgagnés, créations Théâtre d’Aujourd’hui / D’Avila (finaliste pour le Prix du Gouverneur général) 

TRADUCTIONS
Oncle Vania et La Mouette de Tchekhov, en collaboration avec Elizabeth Bourget (m.e.s. Y. Desgagnés, Compagnie Jean Duceppe, TNM) / La Ménagerie de verre de T. Williams (m.e.s. Françoise Faucher, Compagnie Jean Duceppe; m.e.s. Michèle Magny, Théâtre Denise-Pelletier) / Soudain l’été dernier de T. Williams (m.e.s. René Richard Cyr, Compagnie Jean Duceppe; m.e.s. F. Faucher, Théâtre du Trident) / Noël de force de Eugene Stickland (m.e.s. Monique Duceppe, Compagnie Jean Duceppe) / Pop corn de Ben Elton (m.e.s. Y. Desgagnés, Festival Juste pour rire) / Comme une histoire d’amour d’Arthur Miller (m.e.s. Raymond Cloutier, Espace GO) / Les Difficultés d’élocution de Benjamin Franklin de S. J. Spears (m.e.s. André Brassard, CNA) / Vu du pont d’Arthur Miller (m.e.s. Jean-Luc Bastien, NCT)
AU TNM Les Sorcières de Salem d’Arthur Miller (m.e.s. Lorraine Pintal) / Les Bas-fonds de Maxime Gorki (m.e.s. Y. Desgagnés) 

PRIX Prix du Gouverneur général pour Syncope


TRADUIRE HAROLD PINTER
par René Gingras

Le rapport d’Harold Pinter à sa langue dramatique me fait beaucoup penser au rapport que les auteurs de théâtre québécois peuvent avoir avec la langue. Ainsi inscrivent-ils souvent l’action dans un univers apparemment réaliste, mais sans tenter pour autant de reproduire une langue qui, elle, soit totalement réaliste. La langue de Pinter appartient à mon sens à ce qu’on pourrait appeler le « réalisme transposé ». D’où la nécessité pour le traducteur de construire une langue qui fasse illusion du réel, mais qui témoigne également de la redoutable construction, de la mécanique très structurée que met au point l’auteur. Dans Le Retour les situations sont réalistes, et si elles « dérapent » souvent de la référence au réel, c’est que celui-ci a été momentanément escamoté par un tour du personnage, un mensonge, une ironie; et la virtuosité de Pinter, c’est de tout de suite faire en sorte que le spectateur se lance sur la trace de cette vérité escamotée. Or, cette virtuosité, elle n’est jamais aussi évidente que dans cette langue dont l’auteur parvient tout le temps à nous faire croire qu’elle est celle des personnages, même si elle paraît très structurée pour le milieu déjanté où ils vivent, et parsemée d’idiomes, voire d’inventions. Ces personnages parlent un langage de tous les jours, mais pas vraiment… mais si, quand même, sauf que… de quelle redoutable maîtrise des mots ils font preuve, tout de même!


Harold Pinter

HAROLD PINTER, LE RÉSISTANT

Harold Pinter est né le 10 octobre 1930 dans un quartier de l’East End de Londres, qui était à l’époque un quartier populaire et industriel. Fils unique de parents juifs d’origine portugaise, petit garçon morose, il garde de sa prime jeunesse des images et des odeurs précises, mais aussi la marque d’une désorientation angoissée : crise sociale, chômage, montée du nazisme, guerre civile espagnole, importante campagne antisémite en Grande-Bretagne.

En 1940, au moment du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, la famille quitte Londres pour échapper aux raids aériens allemands. À leur retour, Harold a quatorze ans et obtient une bourse pour étudier à la Hackney Downs Grammar School, où il découvre les œuvres de Kafka et d’Ernest Hemingway, qui auront sur lui un impact immense. Profondément marqué par la Shoah, il refuse, pour des raisons de conscience, de faire son service militaire.

Lui qui avait fait du théâtre dès le lycée peut entrer, grâce à une bourse, à la London’s Royal Academy of Dramatic Arts. Mais, après deux années pénibles, il abandonne.  Sous le nom de David Baron, il interprète de petits rôles à la radio et mène jusqu’en 1958 une carrière de comédien de tournée, sillonnant l’Angleterre et l’Irlande, jouant le soir, répétant le matin, tout en ne cessant pas d’écrire.

En 1956, il épouse la comédienne Vivien Merchant, qui va jouer plus tard dans plusieurs de ses pièces. En 1957, un ami chargé de présenter un spectacle à l’université de Bristol lui demande de le tirer d’embarras. C’est ainsi qu’il écrit en quatre jours sa première pièce, The Room. Mais c’est avec The Caretaker (Le Gardien) trois ans plus tard qu’il s’impose et qu’il produit dès lors une série de chefs-d’œuvre parmi lesquels : The Collection (La Collection), The Lover (L’Amant), Old Times (C’était hier), One for the Road (Un pour la route), Betrayal (Trahisons), The Hothouse (Hothouse), No Man’s Land et Landscape (Paysages), autant d’œuvres qui font de lui le plus grand auteur de théâtre anglais de la seconde moitié du 20e siècle avec Edward Bond.

Depuis cinquante ans, Pinter déroule le fil d’une œuvre qui n’en finit pas de secouer les consciences endormies, de dilater les pupilles sur ce qui se cache sous les apparences : les élans pulsionnels et érotiques, l’amoral et le sordide, l’inexprimé et le refoulé, qui finissent toujours par refaire surface. Tout le théâtre de Harold Pinter est basé sur l’ambiguïté des sentiments et des personnages. Aussi, jamais le spectateur ne sait avec précision si ces derniers disent la vérité ou s’ils mentent, inventent ou vivent leur vie. L’auteur du Retour a créé un théâtre de la suspicion et de la menace, avec l’idée maîtresse selon laquelle les mots peuvent servir à dominer l’autre et même à le tuer. Le crime chez Pinter, c’est avant tout la parole et l’emprise qu’elle peut exercer sur les êtres.

Aujourd’hui presque octogénaire, Pinter est demeuré un homme vibrant mais austère, malgré sa grande célébrité. Il continue d’être la terreur des journalistes, se pliant de fort mauvaise grâce au jeu des interviews, répondant de façon aussi laconique que ses personnages les plus endurcis, les plus mal embouchés. Il reste dans le paysage littéraire anglais un solitaire, un isolé, un résistant.