
Beaucoup de bruit pour rien
SUPPLÉMENTAIRE LE MERCREDI 28 OCTOBRE, 20 H
de William Shakespeare
Adaptation et mise en scène René Richard Cyr
Durée du spectacle 1 h 40 sans entracte
Elizabeth, roi d’Angleterre de Timothy Findley, que René Richard Cyr a monté avec éclat en 2008 et pour lequel il a reçu le Prix Gascon-Roux de la mise en scène, se passait dans les coulisses d’une représentation de Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare. Ce metteur en scène aux spectacles débordants d’humanité et que l’on retrouve toujours avec joie nous offre cette année, en ouverture de saison, ce qui se jouait sur scène. Comédien, metteur en scène, auteur, réalisateur, animateur, René Richard Cyr fut directeur artistique et codirecteur général du Théâtre d'Aujourd'hui de 1998 à 2004. Il a également assumé la codirection artistique du Théâtre PàP de 1981 à 1998.
Parmi ses nombreuses mises en scène :
AU TNM De Michel Tremblay : Bonjour, là, Bonjour (1987) et En pièces détachées (1994) Prix Gascon/Roux – Meilleure mise en scène / De Camus : Le Malentendu (1993) / De Molière : Le Misanthrope (1998) et L’École des femmes (1990) Prix Gascon/Roux – Meilleure mise en scène
CRÉATIONS QUÉBÉCOISES De Daniel Danis : Le chant du dire-dire (Espace Go, 1998) et Le Langue-à-langue des chiens de roche (Théâtre d’Aujourd’hui, 2001) / De Serge Boucher : - Motel Hélène (Théâtre PàP, 1997) et 24 poses (portraits) (Théâtre d’Aujourd’hui 1999, Compagnie Jean-Duceppe, 2001)
THÉÂTRE MUSICAL Les parapluies de Cherbourg (2001-2002) Masque de la production « Théâtre privé » et L'Homme de la Mancha
VARIÉTÉS Céline Dion – Tournée mondiale (1990) Prix Félix – Mise en scène de l’année / Joe Bocan – Vos plaisirs et le mal (1989-90) Prix Félix – Mise en scène de l’année / Diane Dufresne – Top Secret (1986-87 ) Prix Félix – Spectacle pop de l’année.
UNE FINE ET HEUREUSE COMÉDIE
René Richard Cyr parle de Beaucoup de bruit pour rien.
Quel a été le point de départ de cette aventure ?
Je connaissais la pièce depuis longtemps, mais je l’ai relue en 2006 au moment où je travaillais à l’élaboration pour le TNM de la mise en scène d’ Elizabeth, roi d’Angleterre de Timothy Findley, une histoire qui se déroule à l’issue d’une représentation de Beaucoup de bruit pour rien et j’ai eu un véritable coup de foudre. J’ai reconnu à quel point c’était une pièce brillante. Afin que les comédiens de la distribution d’Elizabeth puissent connaître la pièce, je me suis amusé à partir du texte original et des multiples traductions existantes à l’adapter de façon à ce que nous puissions la lire tous ensemble. C’est en accomplissant ce travail que j’ai reconnu la souplesse scénique de l‘écriture, sa fluidité et sa finesse. Ce n’est que par la suite que j’ai découvert qu’elle n’avait, selon toutes probabilités, jamais été jouée en français à Montréal. Aussi, quand Lorraine Pintal a accepté de la programmer au TNM, je n’ai pas hésité une seconde.
Les pièces de Shakespeare sont touffues, caractérisées par le mélange des genres et par des intermèdes burlesques, elles comportent de nombreux personnages secondaires, les lieux sont multiples, tout cela représentant un défi pour la mise en scène. Vous en avez fait vous-même l’adaptation. Dans quel sens avez-vous travaillé ?
J’ai effectué un énorme travail d’élagage. Je me suis approprié la pièce, dans un joyeux mélange de respect et d’irrespect, avec le souci dramatique d’aller à l’essentiel, de manière directe et déliée. J’ai transformé ou fondu des personnages secondaires, supprimé des figurants, gommé la plupart des bouffonneries grotesques et j’ose ainsi affirmer que j’ai ramené le texte à son essence. Le nombre de rôles est passé de vingt-quatre à quatorze et la durée de la représentation ramenée à un point tel qu’elle se fera sans pause.
C’est la comédie du bonheur et c’est aussi la comédie des erreurs alors que le tout risque de tourner au tragique.
Il y a là une véritable richesse de tons, c’est une superbe partition. Le titre évoque d’ailleurs tous ces aspects. En effet, il y aura « beaucoup de bruit », d’erreurs, de mensonges, de pleurs « pour rien » alors que le rideau tombera sur ce qui était annoncé, soit la célébration de la rencontre amoureuse. C’est aussi la comédie du temps qui passe pour Béatrice et Bénédict qui seront bientôt fanés, la triste comédie de la solitude, celle des vieilles filles et des vieux garçons car sous ses airs de tombeur que rien n’atteint, Bénédict tente de cacher ses élans amoureux, ses faiblesses et sa compassion, quant à Béatrice, elle refuse l‘asservissement souvent imposé aux femmes, elle revendique la liberté des choix annonçant le féminisme et ses revendications.
De quelle tonalité, quelle atmosphère, allez-vous marquer votre mise en scène ?
J’ai envie de redonner à la naïveté ses « lettres de noblesse », de faire un spectacle simple et candide, aussi touchant et sympathique que l’art naïf peut l’être en peinture. Il est si rare qu’au théâtre l’on travaille sur une matière aussi douce que le simple bonheur ; dans notre monde moderne où le cynisme règne, où la vitesse et le souci d’efficacité nous aveuglent, l’espoir semble devenu suranné, comme si espérer était dépassé.
Extrait de l' Emporte-Pièces 09-10
Propos recueillis le 7 avril 2009 par Marie-Christiane Hellot
