photo_piece_Beaucoup de bruit pour rien
Photo : Jean-François Gratton / Une communication orangetango

Beaucoup de bruit pour rien

DU 29 SEPTEMBRE AU 24 OCTOBRE 2009
SUPPLÉMENTAIRE LE MERCREDI 28 OCTOBRE, 20 H
de William Shakespeare
Adaptation et mise en scène René Richard Cyr

Durée du spectacle 1 h 40 sans entracte

William Shakespeare

William Shakespeare (1564-1616) est un génie né dans une époque de génie. L’Angleterre, cette île excentrique au large de l’Europe, vit la Renaissance de façon unique. Sous le règne d’Élisabeth 1re, ce pays auparavant de peu d’importance acquiert une puissance maritime, économique et politique nouvelle. Londres devient, avec Naples, la plus populeuse cité d’Europe. La langue anglaise, jusque-là considérée par la majorité des lettrés comme une langue pauvre, indigne d’être utilisée pour la grande littérature, devient un prodigieux champ d’exploration poétique - et le théâtre devient le lieu privilégié pour entendre cette poésie. Car les gens à Londres à cette époque ne disent pas qu’ils vont voir une pièce, mais qu’ils vont en entendre une. Et ce qu’ils entendent est pour eux un prodige inouï : leur langue quotidienne, qu’ils croyaient strictement utilitaire, est transfigurée par une poésie aussi libre qu’audacieuse.

William Shakespeare écrit Hamlet vers 1600-1601 et l’on sait avec certitude que les Lord Chamberlain’s Men, la troupe où il est comédien et auteur, jouent la pièce en 1602. Shakespeare, comme ses contemporains - Thomas Kyd, Christopher Marlowe, Ben Jonson, Thomas Middleton, John Webster - utilise tous les registres et toute l’envergure du langage. De la langue commune la plus grossière à la poésie la plus élevée, souvent dans une même scène, l’anglais des dramaturges élisabéthains traverse tous les niveaux de langue avec une liberté totale; des ivrognes ont droit à des vers sublimes et un roi peut y jurer comme un charretier. La poésie passe aussi par un déploiement du vocabulaire qui explore toutes les ramifications du langage   à l’inverse de la poésie dramatique française qui cherche les mots chargés de densité : Racine a écrit son théâtre avec un vocabulaire de 600 mots, Shakespeare en convoque 21 000… L’unité de ton n’existe pas. Certains des passages les plus drôles de Shakespeare sont dans ses tragédies : on n’a qu’à penser au monologue du portier dans Macbeth, aux traits d’esprit de Mercutio dans Roméo et Juliette, aux saillies féroces d’Hamlet.

Mais le théâtre de Shakespeare est grand surtout par le génie propre de son auteur. Non seulement à cause de sa maîtrise éblouissante de la théâtralité, mais parce qu’il aura été à la hauteur des enjeux philosophiques de son époque. Si Shakespeare nous touche encore, nous parle encore, c’est que la liberté de l’homme face à lui-même et face au monde est au centre de son œuvre, et que cette question de la liberté, depuis la Renaissance, est encore aujourd’hui au cœur de notre civilisation.

Par Paul Lefebvre