Blackbird
de David Harrower
Mise en scène de Claudia Stavisky
Coproduction des Célestins, Théâtre de Lyon et du Théâtre de la Ville (Paris)
Durée du spectacle : 1 h 20 sans entracte
BIOGRAPHIE L’Écossais David Harrower s’inscrit dans le paysage de la dramaturgie britannique contemporaine : écriture stylisée, textes qui questionnent, confrontent et se réapproprient parfois les legs du passé. Voix émergente et pourtant déjà affirmée, il occupe rapidement une place de choix auprès des auteurs de renom, non loin des Sarah Kane, David Greig, Mark Ravenhill, héritiers du postmodernisme inscrits sous la bannière du théâtre In-Yer-Face, tel que le souligne le New York Times en 2007. Non loin, mais pas tout à fait proche : « à la fois plus tendre, et plus pernicieux … » (Ryzik, Mielena, Paring Down a Drama to Basic Mortal Combat, New York Times, 9 avril 2007).
Jeune, il était mauvais élève, mais il a souhaité s’approprier le monde, se le représenter, le recréer à travers les arts : la peinture d’abord, puis le dessin. Ainsi, au bout de son crayon sont un jour venus les mots… comme au bout d’un couteau.
Harrower reconnaît la responsabilité de l’acte d’écrire : l’écriture, les mots peuvent être « séditieux, dangereux ». Il s’en sert habilement, traçant de sa pointe fine situations et relations ouvrant la voie aux questionnements les plus sensibles. Il s’intéresse à ce que ses personnages transportent à la frontière des récits. Par ce qui loge entre les êtres, il cherche à exprimer l’inexprimable, et à travers leurs échanges, à atteindre la situation dramatique la plus pure.
Sa première pièce, Knives in Hens (traduite en 1999 par Jérôme Hankins sous le titre Des couteaux dans les poules), révèle l’appréhension du monde, par le langage, d’une paysanne écossaise du 18e siècle. La poésie d’une langue minimaliste, ébréchée, d’un univers au goût rugueux de la poussière de terre, lui a valu un succès instantané, et s’est mérité les honneurs dès sa création au Traverse Theatre d’Édimbourg en 1995. Avec Kill the Old Torture Their Young (Tuer les vieux, torturer leurs jeunes), commandée en 1998 par ce même Traverse Theatre, il aborde avec âpreté le thème de l’aliénation urbaine et reçoit, pour cette seconde oeuvre, le Meyer-Whitworth Award. Ses pièces suivantes Presence (2001) et Dark Earth (2003) seront jouées respectivement au Royal Court Jerwood Theatre Upstairs et au Traverse Theatre.
Depuis 2001, David Harrower se prête aussi au jeu de l’adaptation, fréquentant Büchner, Schiller, Brecht et Pirandello. En 2005, Harrower est invité à écrire pour le Festival d’Édimbourg. Blackbird y prend vie sous la direction de Peter Stein, metteur en scène allemand de renommée internationale et ancien directeur de la Schaubühne de Berlin.
Depuis lors, Blackbird voyage — Allemagne, Autriche, Suède, Norvège, Finlande, États-Unis — et remporte des prix : ceux de la meilleure pièce au Scottish Theater Critics Awards ainsi qu’au Laurence Olivier Awards en 2007. Et le parcours de cette œuvre fine et puissante n’est certes pas fini.
TEXTE David Harrower s’est inspiré du cas de Toby Studebaker, porté en justice aux États-Unis : l’acte sexuel d’un homme et d’une enfant, son consentement. Le crime a été puni, dans la fiction comme dans la vie. Dans Blackbird, il est question de ceux qui l’ont commis. Quinze ans après. Le heurt de deux vies inévitablement dévastées et liées.
Extrait de l' Emporte-Pièces 09-10
Geneviève de Pasquale
ENFONCER LES MOTS DANS LES CHOSES
« Je crée un langage différent pour chaque pièce. Dans Blackbird, les deux personnages se tournent autour, explorent, essayent de fabriquer un souvenir. Il y a beaucoup d'arrêts et de départs. Le langage est venu de là. La pièce comporte aussi peu de ponctuation. J’ai pensé que je ne pouvais pas mettre de point à la fin des phrases parce que c’était un élément trop inflexible, trop définitif pour ces deux êtres d’incertitude. La forme est une sorte de miroir de ce qui est incertain chez les gens. Je ne pouvais utiliser le matériau habituel, aussi si vous regardez bien, c’est très sculpté, cela a l’air beau, même si je le dis moi-même. Ce qui me touche au théâtre, c’est l’inattendu, des choses que les personnages disent hors intrigue. (...)»
David Harrower
Entretien avec Jérôme Hankins in Alternatives Théâtrales n° 65-66

