
Et Vian! dans la gueule
Texte de Boris Vian
Collage et mise en scène de Carl Béchard
ATTENTION : IMPORTANTS TRAVAUX AUX ABORDS DU TNM
Comme acteur, on salue sa virtuosité verbale autant que gestuelle. Comme metteur en scène, on le compare à un maître de ballet. L’acteur et le metteur en scène ont en commun un sens remarquable du rythme, qui tient de l’horlogerie. Une horlogerie fantaisiste, farfelue, déglinguée. Qui évoque Salvador Dali, mais surtout Alfred Jarry.
Il faut dire qu’au sortir du Conservatoire d’art dramatique de Montréal, après une formation à Paris avec Wolfram Mehring (disciple et ami des acteurs et mimes Étienne et Maximilien Decroux), le jeune comédien se fera les dents avec le Théâtre Ubu, dont il est cofondateur. Sa collaboration avec Denis Marleau durera une quinzaine d’années.
Après quoi, l’ex-membre de la LNI alternera entre mise en scène et jeu. Mises en scène de textes de Vian pour le Groupe Audubon, groupe sacré « Révélation de l’année » au gala des Masques en 1998. Mises en scène pour les productions Juste pour rire (Toc Toc, L’Emmerdeur). Pour le TNM, aussi (Le Malade imaginaire, L’Imprésario de Smyrne).
L’acteur, lui, s’illustrera à la télé (Virginie, 4 et demi), et sur plusieurs scènes. Notamment sous la direction de Olivier Reichenbach, Daniel Roussel, Lorraine Pintal, Françoise Faucher, Albert Millaire, Fernand Rainville et Denise Filiatrault (Comédie dans le noir, Monsieur Chasse, Les Jumeaux vénitiens).
Quand vient le temps de préciser son approche du théâtre aujourd’hui, il parle de Denis Marleau et de Denise Filiatrault : « Denis, c’est le plaisir de la précision et de l’idée, la poésie de la recherche formelle, la rigueur en tout. Denise, c’est la passion, l’instinct, le sens absolu du punch. » Et Carl Béchard, lui ? « Moi, je suis une espèce de croisement entre Denis et Denise », laisse-t-il tomber, pince-sans-rire.
LES AVIANTURES D' UN FOU DE VIAN
Entretien avec Carl Béchard, concepteur et metteur en scène de Et Vian! dans la gueule
Carl Béchard, c’est la cinquième fois que vous concevez et mettez en scène un spectacle autour de Boris Vian. Pourquoi?
C’est un grand auteur. Et un auteur tellement important pour susciter l’amour de la littérature chez les jeunes. Personnellement, j’apprécie beaucoup l’aspect antimilitariste, ou, comme il le dit lui-même, « violemment pro-civil » de son œuvre. Vian ne croyait pas à la guerre comme solution aux problèmes internationaux. Et cette position reste et restera, pour moi, toujours d’actualité.
Ce qui explique que dans votre collage vous ayez favorisé les textes de Vian portant sur la guerre?
Tout à fait. D’ailleurs, le titre, Et Vian! dans la gueule…, s’est imposé. Comme le nom d’un bébé au moment où il apparaît. C’est un titre dont l’énergie correspond à la dénonciation de la guerre. Et puis, Et Vian ! dans la gueule…, ça montre à quel point le verbe, les mots, la force de frappe du langage sont importants dans les textes de Vian. Le verbe est important, mais aussi le swing, comme l’indique le titre d’un superbe livre sur Boris Vian, Le swing et le verbe. C’est ce qui m’intéresse dans le collage : l’aspect musical, l’aspect jazzé. Et je peux vous dire que le collage que j’ai préparé est très, très collage : ça swigne.
Vous avez présenté, en 1994, avec les membres du Groupe Audubon, un spectacle intitulé Et Vian ! dans la gueule… S’agit-il du même collage?
J’ai changé environ le tiers des textes et j’ai remanié l’agencement. Mais je tiens à dire que je suis très reconnaissant envers cette jeune troupe dont le dynamisme et la grande disponibilité ont rendu possible la version originale de ce collage, qu’ils ont nourri de leur substance : 350 heures de répétitions, gratuites, sans cachet au bout du compte ou presque ! Et je ne compte pas les reprises !
Extrait de l' Emporte-Pièces 09-10
Propos recueillis par Danielle Laurin, mars 2009

