photo_piece_Et Vian! dans la gueule
Photo : Jean-François Gratton / Une communication orangetango

Et Vian! dans la gueule

DU 27 AVRIL AU 22 MAI 2010

Texte de Boris Vian
Collage et mise en scène de Carl Béchard
Durée : 1 H 50 sans entracte

ATTENTION : IMPORTANTS TRAVAUX AUX ABORDS DU TNM

  1. L' insuccès et lui

  2. L' engagement et lui

  3. La guerre et lui



L' insuccès et lui

Toute sa vie, Boris Vian luttera pour être reconnu comme romancier. Paradoxalement, c’est J’irai cracher sur vos tombes, une parodie de roman noir écrite sous pseudonyme, qui lui apportera la notoriété de son vivant.
Vian ne sera pas pris au sérieux dans le cénacle des lettres françaises. Son roman-phare, L’Écume des jours, n’obtiendra pas, malgré le soutien de Sartre et de Queneau, le Prix de la Pléiade, qu’il convoitait tant.
Quand, en 1951, les éditions Gallimard refusent le manuscrit de L’Arrache-cœur, il déchante pour de bon. Dans une lettre de l’époque adressée à sa deuxième femme, Ursula Kübler, il confie : « Ils veulent me tuer, tous. Je ne peux pas leur en vouloir, je sais que c’est difficile à lire, mais c’est le fond qui leur paraît “fabriqué”. C’est drôle, quand j’écris des blagues, ça a l’air sincère et quand j’écris pour de vrai, on croit que je blague…. »
Deux ans plus tard, L’Arrache-cœur paraîtra chez un autre éditeur, avec une préface de Queneau qui croira jusqu’au bout, envers et contre tout, à son talent. Ce sera le dernier roman de Vian. Le livre n’aura aucun succès de son vivant.
Ce n’est qu’après sa mort que Boris Vian existera réellement comme écrivain. La jeunesse soixante-huitarde, notamment, se reconnaîtra dans ses romans. Dans L’Écume des jours, en particulier, réédité en 1963 et adapté au cinéma en 1968.
Aujourd’hui traduit dans plus de quarante langues, le livre a fait le tour du monde. Il s’est vendu à plus deux millions d’exemplaires. En version poche seulement, 90 000 exemplaires de L’Écume des jours disparaissent des tablettes des librairies chaque année.

Extrait de l' Emporte-Pièces 09-10
Danielle Laurin






L' engagement et lui

Dans son Traité de civisme, maintes fois remanié mais jamais terminé, Vian écrit : « S’engager est une belle chose; mais il faut lire le formulaire avant que d’y apposer sa signature; et s’il ne vous plaît pas, s’il ne vous paraît pas fondé, quelle autre ressource sinon composer le sien à partir des éléments dont on dispose? »
Boris Vian ne s’est jamais considéré comme un écrivain engagé, au sens sartrien du terme. Cet admirateur de Jarry et de Queneau, ce dandy iconoclaste qui affectionnait le ludisme tout autant que la subversion, qui se moquait de l’institution et se méfiait de l’embrigadement, se définissait avant tout comme un individualiste.
Toujours dans son Traité de civisme, il notait : « Ce qui compte, ce n’est pas le bonheur de tout le monde, c’est le bonheur de chacun. »

Extrait de l' Emporte-Pièces 09-10
Danielle Laurin






La guerre et lui

La guerre sera le thème de plusieurs de ses œuvres. Dès 1946, il publie dans Les Temps modernes une nouvelle inspirée du débarquement en Normandie. Intitulée Les Fourmis, elle donnera son titre à un recueil de nouvelles qui paraîtra trois ans plus tard.
Décrite par Queneau comme étant « la plus termitante des nouvelles écrites sur la 
guerre », Les Fourmis donne la parole à un soldat complètement décalé face aux situations qu’il doit affronter sur le terrain. Il débarque sur la plage, où ses compagnons vont périr. Lui-même sera épargné, mais mettra le pied sur une mine.
« Je pourrais essayer de me jeter à plat ventre, mais j’aurais horreur de vivre sans 
jambes », précise-t-il. Puis, lui vient l’envie de changer de jambe : « Il faut absolument que je le fasse parce que j’en ai assez de la guerre et parce qu’il me vient des fourmis. »
C’est par le biais de l’humour et de l’ironie que Vian traitera le plus souvent de la question de la guerre. Poussant jusqu’à l’absurde, allant jusqu’à la parodie la plus grotesque. Comme dans la première de ses huit pièces, L’Équarrissage pour tous, qu’il termine en avril 1947 et qui sera créée trois ans plus tard : sous-titrée « vaudeville militaire », elle a pour contexte, encore une fois, le débarquement en Normandie.
Dans Le Goûter des généraux, parue trois ans après sa mort et jouée la première fois en 1965, en Allemagne, l’auteur met en scène un groupe de généraux infantiles qui, en pleine guerre, à l’abri dans un bunker, s’amusent à des jeux de société insipides.
Vian a composé cette pièce satirique en 1951, alors qu’il planchait, pour des raisons alimentaires, sur la traduction en français des mémoires d’un général américain, Omar Bradley. Le livre paraît  sous le titre Histoire d’un général. Mais sur l’exemplaire que Vian remet à un ami, il a inscrit comme sous-titre « Histoire d’un connard ».
Quelque six mois avant sa mort, il signe un texte particulièrement cinglant : « Lettre à sa Magnificence le baron Jean Mollet, Vice-Curateur du Collège de ‘Pataphysique sur les Truqueurs de la guerre ».
Il y affirme que « la guerre est truquée ». Truquée, puisque, fait-il remarquer, « il y a des survivants parmi les combattants ». Après tout, la guerre, « c’est fait pour tuer des gens », argue-t-il. Puis, poussant cette logique de l’absurde jusqu’au bout, il laisse tomber : « le jour où personne ne reviendra d’une guerre, c’est qu’elle aura été bien faite ».
Son dernier écrit : un opéra intitulé Le Mercenaire. Demeurée inachevée, l’œuvre devait avoir pour décor une ville bombardée. Parmi les quelques lignes rédigées par Vian :
« Ils grondent tout là-haut
Et leurs entrailles sont lourdes
Du fruit rouge de la mort
Grenades de l’arbre de l’enfer
Grains qui germent d’un coup dans les crânes
Membres déchiquetés soudain »

Extrait de l' Emporte-Pièces 09-10
Danielle Laurin