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Photo : Jean-François Gratton / Une communication orangetango




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À toi, pour toujours, ta Marie-Lou

DU 3 AU 28 MAI 2011

De Michel Tremblay
Mise en scène Gill Champagne

Durée du spectacle 1 h 20 sans entracte

Michel Tremblay

LE PASSEUR DE MODERNITÉ
Le phénomène s’observe partout au Québec. Une pièce de Michel Tremblay s’apprête-t-elle à revivre qu’une atmosphère unique s’empare de la salle, comme si le public mijotait dans l’attente fébrile de nouvelles croustillantes ou alarmantes de la famille…

Figure clé de notre littérature, Tremblay est sans conteste notre grand « classique » de la scène. Et il est prolifique, sa plume n’est pas avare. Son fonds publié totalise vingt-huit œuvres dramaturgiques, trois comédies musicales, deux bonnes douzaines de romans et recueils de nouvelles, un recueil de contes, sept scénarios de film, vingt-trois traductions et adaptations de textes étrangers, un livret d’opéra et les paroles d’une douzaine de chansons.

Le Québec ne serait pas ce qu’il est sans Michel Tremblay. Le monde non plus ne serait pas tout à fait le même. Traduite en une trentaine de langues, son œuvre n’a pas fini de remuer les consciences d’ailleurs. C’est le propre des écrivains universels. Tremblay est de ces auteurs qui par la justesse, la vivacité du coloris poétique et l’audace de leurs perceptions suscitent des questions neuves et ouvrent des espaces à la refondation du monde.

MARIE-LOU A 40 ANS
Le Québec vivait des jours mouvementés. Montréal venait de réélire Jean Drapeau sans appel et Michel Tremblay ne digérait pas que le maire ait qualifié le FRAP (Front d’action politique), le parti d’opposition, de « branche du FLQ ». L’auteur avait dès lors nourri l’idée d’une pièce sur un Québec « confronté à deux perspectives d’avenir : l’espoir et la résignation » (il s’en ouvre dans Pièces à conviction, livre d’entretiens avec le critique Luc Boulanger).

Puis est survenue la crise d’octobre 1970. L’intention a durci en serment. Toutefois, préoccupé de structure tout autant que de thématique, Tremblay cherchait âprement une forme à ce qui allait devenir À toi, pour toujours, ta Marie-Lou. Elle lui a sauté aux yeux un soir de concert du Quatuor Amadeus, à New York. L’ensemble jouait un quatuor à cordes de Brahms. Tremblay a décidé que sa pièce entrelacerait quatre voix contrastées en un lamento de solitude et d’incommunicabilité, lamento que Carmen modulerait de son chant d’espoir. Elle mettrait en scène une famille ouvrière dysfonctionnelle de l’Est de Montréal, serait « davantage sociale que politique », l’auteur avouant se méfier du théâtre politique, convaincu que le spectateur n’aime pas se faire dire quoi penser. Ce serait une tragédie à double temporalité, parents (1961) et enfants (1971) s’exprimant à dix ans d’écart, sauf dans quatre passages où les voix se fusionnent.

Tremblay l’a écrit en onze jours, pendant la crise d’octobre. Sa création a eu lieu le 29 avril 1971, au Théâtre de Quat’Sous. Ses œuvres dramaturgiques En pièces détachées (1969), La Duchesse de Langeais (1970) et, plus encore, Les Belles-sœurs (1968), telluriques sous les sabots du joual haut cabré, avaient gonflé l’attente. André Brassard tenait le pupitre. Hélène Loiselle et Lionel Villeneuve, un couple, étaient Marie-Louise et Léopold ; Luce Guilbeault et Rita Lafontaine, Carmen et Manon. La représentation a frappé fort, le politique a exsudé du social. Nombreux furent ceux, dans le public comme la critique, à y avoir vu la métaphore d’un Québec à l’arrêt.

Par Jean St-Hilaire