
L'Opéra de quat'sous
SUPPLÉMENTAIRES LES 28 ET 29 OCTOBRE 20 H
De Bertolt Brecht
Texte français René-Daniel Dubois
Musique Kurt Weill
Arrangements et direction musicale Pierre Benoit
Mise en scène Robert Bellefeuille
Durée du spectacle: 3h incluant l'entracte
L’Opéra de quat’sous à Montréal
1961. Le TNM fêtait son dixième anniversaire en présentant l’un des plus éclatants succès de toute son histoire : L’Opéra de quat’sous, dans la mise en scène sportive et étincelante de Jean Gascon, également interprète de Macheith. Autour de lui, une distribution-choc : Pauline Julien, Monique Leyrac, Germaine Giroux, le regretté Jean Dalmain, décédé le 28 mars 2010 à l’âge de 94 ans, Guy Hoffmann, ainsi que Gabriel Gascon, Jean-Louis Millette et plusieurs autres grands noms de notre histoire théâtrale. Brecht, alors presque inconnu ici, se révélait avec sa combativité et l’acuité de son regard à une génération avide de transformation sociale. L’œuvre, par sa modernité et son anticonformisme, coïncidait avec l’ébullition des esprits à l’heure de la révolution tranquille. La fête fut explosive. Un véritable triomphe populaire et critique, un spectacle enlevé et grinçant. Tous ceux qui étaient là alors en parlent comme d’un moment de théâtre absolument mémorable.
1973. Au chapitre des productions montréalaises de L’Opéra de quat’sous, il est important d’évoquer enfin le spectacle des étudiants de l’École nationale de théâtre en 1973. La mise en scène d’André Brassard, inventive et d’un esprit généreux, surprenait par son humanisme et son empathie pour les malheureux, les malchanceux, les pauvres, tous ceux que la vie n’a pas gâtés. Brassard avait bien lu dans cette œuvre à quel point Brecht et Weill aimaient ces démunis à qui ils donnaient la parole en leur offrant un accès à la scène et le moyen de retrouver leur dignité. André Brassard nous disait, à nous qui interprétions ces démunis : si vous avez envie de dire quelque chose à travers ces chansons, allez-y de tout cœur. C’est le temps, on va vous écouter.
1991. À l’occasion de son 40e anniversaire, le TNM mettait de nouveau l’œuvre à l’affiche. L’Opéra de quat’sous allait cette fois résonner tout autrement. L’époque n’était plus à l’euphorie et à la transformation sociale. Une récession économique particulièrement cruelle sévissait sur notre société. Que des jeunes couchent dans la rue et fouillent les poubelles en quête de quoi vivre nous consternait. La pièce rayonnait donc moins cette fois par sa dimension festive et socialement libératrice que par sa dénonciation d’un monde déréglé par les forces économiques qui prétendent le régler. En outre, Brecht étant dès lors connu et auréolé de prestige culturel, René Richard Cyr avait donné à son œuvre une patine un peu plus glamour, reflétant ironiquement l’individualisme montant des années 1990. Yves Jacques jouait Mac-the-Knife avec la dégaine d’un jet-setteur warholien jouissant de sa renommée. Cela contrastait vivement avec l’anonymat des petits délinquants à sa solde, voleurs et prostituées, ainsi que des jeunes itinérants. Cette production préfigurait en quelque sorte l’avènement du cynisme dans notre société et critiquait en filigrane une certaine déconnection entre la vie réelle et son reflet médiatisé.
Par Gilbert Turp
La Vie des autres
La Vie des autres, splendide et bouleversant film allemand racontant les derniers mois d’un agent de la Stasi espionnant un couple de gens de théâtre avant la chute du mur, offre un portrait des rapports complexes qu’a pu vivre Brecht à la fin de sa vie avec les haut-fonctionnaires du régime communiste. En outre, le film est profondément marqué par une filiation brechtienne. Il est criant de vérité, de chaleur et d’émotion, mais l’émotion que nous ressentons se rapporte à la terrible condition de vie des gens d’Allemagne de l’Est. Devant le sort des protagonistes, interprétés par des acteurs profondément engagés vis-à-vis leur rôle, nous nous sentons interpellés à même notre sens de la justice et de la dignité. Du grand art, aurait dit Brecht.
Par Gilbert Turp



