
La Belle et la Bête
9 SUPPLÉMENTAIRES : Nouvelles dates 19-22-23-24 février
Une création et mise en scène de Michel Lemieux, Victor Pilon
Une création et un texte de Pierre Yves Lemieux
Coproduction Théâtre du Nouveau Monde / Lemieux.Pilon 4d art
Durée du spectacle 1h30 sans entracte
Parcours d’un conte millénaire
Imaginez… Une belle jeune fille tombe dans les griffes d’une bête monstrueuse. À partir de là, tout peut arriver. Tout est encore de l’ordre du possible.
Faites votre choix. La Belle et la Bête, c’est :
- Une fable sur l’apparence : derrière son masque de bête rebutante et ses grognements, la Bête révélera un être beau et bon.
- Une mise en abyme de la part animale en nous, une métaphore de l’acceptation de la bête en nous.
- Une histoire d’amour qui invite à dépasser le jugement et les préjugés pour suivre les mouvements du cœur.
- Un dessin animé de Walt Disney qui fait rêver les petites filles du monde entier.
- Un film de Jean Cocteau en noir et blanc empreint d’une grande poésie.
- Un conte moraliste pour enfants paru au 18e siècle.
- Un roman subversif pour adultes paru au 18e siècle.
- Une légende inspirée de la mythologie gréco-latine.
Toutes ces réponses sont bonnes.
La Belle et la Bête n’a jamais cessé de fasciner, de captiver l’imaginaire.
C’est une femme, une Française, Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, qui la première offrira une version moderne de l’histoire, en 1740. Il s’agit d’un court roman pour adultes où la Bête, chaque soir, retrouvant la Belle dans le château enchanté, lui dira, espérant mettre fin au sort que lui a jeté une mauvaise fée : Voulez-vous couchez avec moi ?
Sous le regard de Cocteau
Une quinzaine d’années plus tard, Jeanne-Marie Leprince de Beaumont tirera de cette histoire un conte pour enfants, destiné à l’éducation des jeunes filles. La demande répétée de la Bête à la Belle se lira plutôt comme suit : Voulez-vous m’épouser ?
Inspiration de Jean Cocteau
C’est cette version, écourtée, vidée de sa sensualité latente, qui deviendra célèbre et donnera lieu à une adaptation très libre de Disney… après avoir inspiré Cocteau.
« Si je les embête tous, sur le plateau, avec mes truquages, disait le poète et cinéaste français, c’est parce que je veux du vrai irréel qui permette à tous de rêver un même rêve. Ce n’est pas le rêve du sommeil. C’est le rêve debout du réalisme irréel, le plus vrai que le vrai. »
Pour la petite histoire : celui qui personnifiait la Bête aux côtés de la lumineuse Josette Day, le mythique Jean Marais, considéré alors comme le plus bel homme du monde, devait subir cinq heures de maquillage avant chaque tournage.
De son côté, Cocteau souffrait d’une terrible infection cutanée qui le faisait souffrir au point de mettre sa vie en danger. Ce qui a fait dire à certains que le masque de la Bête et l’horreur que lui inspire son apparence… seraient la transposition de la maladie de peau qui affectait le réalisateur.
Le film, présenté à Cannes en 1946, allait devenir un classique du cinéma français et donner lieu à toutes sortes d’interprétations. Pour le compositeur américain Philip Glass, qui a créé, en 1994, un opéra multimédia à partir des images de Cocteau : « Le film traite de la transformation d’un être mi-bête, mi-humain – ce que nous sommes tous. » Il ajoutait : « Avant (sa transformation), la Bête sait qui elle est mais ne peut pas l’être. Et n’est-ce pas là l’état dans lequel nous sommes quand nous tentons d’aborder le processus créatif ? Comment devenons-nous ce que nous sommes ? Tous les artistes peuvent se sentir interpellés par cette question. »
Par Danielle Laurin
Les deux Grâces
On croirait que les bonnes fées se sont penchées sur leurs berceaux. Elles sont nées à plus de quarante-cinq ans de distance, ont rêvé toutes deux dès l’enfance de devenir actrices. L’une est déjà plus qu’une étoile montante, l’autre brûle toujours les planches après une soixante d’années de carrière et des centaines de rôles derrière elle. La Belle et la Bête les réunira pour la première fois sur scène.
Bénédicte Décary : Pour moi, la beauté est d’abord un état d’esprit. Les femmes que je trouve belles, ce sont des femmes heureuses, joyeuses, épanouies. Comme Andrée (Lachapelle), comme ma mère, comme la mère de mon chum. Ou comme Anita Ekberg au milieu de la fontaine de Trevi dans La dolce vita de Fellini. Personnellement, je n’étais pas du tout désignée comme une enfant belle dans ma famille. Mes parents s’occupaient davantage de développer notre jugement que notre apparence. Lorsque que j’essayais de « m’arranger » un peu, je sentais que ce n’était pas nécessairement bienvenu. J’étais beaucoup dans mes lectures, je dessinais, je faisais de la couture, des mises en scène, j’avais de grands projets… À l’adolescence, je ne me trouvais pas belle du tout. Au contraire ! C’est au Conservatoire que ma perception de moi-même a changé. Quand je suis entrée, je voulais jouer de grands rôles tragiques et… des rôles d’hommes : le Misanthrope, Hamlet, Don Quichotte… Je trouvais qu’il y avait de la profondeur dans ces rôles-là, de l’esprit, une quête… un idéal. Les rôles de filles, de séductrices, je ne savais pas comment les jouer. Au Conservatoire, on m’a dit : Toi, tu vas faire des femmes fatales. Je suis tombée des nues. Je ne me voyais pas du tout comme ça ! Mais j’ai travaillé fort et mes professeurs ont réussi à m’emmener ailleurs. Ils m’ont fait jouer des rôles très sexys, qui m’ont sortie de ma quête d’absolu et ramenée au plaisir. Aujourd’hui, je suis heureuse de pouvoir jouer les belles filles, mais je trouve encore mes amies, mes sœurs beaucoup plus jolies que moi!
Andrée Lachapelle : La beauté, c’est un cadeau extraordinaire. Mais c’est d’abord le regard que les autres posent sur nous qui fait de nous une personne belle. Quand on est enfant, on ne sait pas si on est beau. À la maison, on ne me disait pas que j’étais belle. C’est à l’école, dans le regard des autres, que je me suis sentie belle. Mais c’est un couteau à deux tranchants, la beauté. On peut développer la haine, le mépris, l’envie chez les autres. Il faut arriver à dépasser cela, en pensant plus aux autres qu’à soi-même, je crois. Il m’est arrivé de me faire dire, comme actrice, que si j’avais été moins belle, mon personnage dans telle ou telle pièce aurait été plus crédible, aurait eu plus de profondeur. C’est un préjugé tenace, auquel j’ai été confrontée souvent. Quand j’étais jeune, surtout. On se demande si on est engagée pour son talent ou sa beauté. Il faut se battre pour montrer qui on est vraiment. J’ai pris le parti de ne pas me préoccuper de ce que les autres pensaient de moi, de vivre comme je l’entendais. Si bien que vieillir, même sous l’œil du public, de la caméra, ce n’est pas une angoisse pour moi. Je mets des crèmes, bien sûr…(rire), et je rage quand je constate que je n’entre plus dans mes robes. Mais j’ai toujours été entourée de beaucoup d’amour et je sais que ceux qui m’aiment ne m’aiment pas pour ce que j’ai l’air, mais pour la femme que je suis. Après tout, comme le disait Arletty, refuser son âge, c’est refuser ses souvenirs… Et puis, la beauté, c’est une question de culture, aussi. Peut-être que sur une autre planète ils nous regardent et ils nous voient terriblement laids! (rire)
Par Danielle Laurin



