
Le dieu du carnage
SUPPLÉMENTAIRES DU 14 AU 18 DÉCEMBRE À 20 H
De Yasmina Reza
Mise en scène Lorraine Pintal
Durée du spectacle 1h25 sans entracte
ÉCRIVAIN SANS FRONTIÈRES
Yasmina Reza occupe une niche singulière, à la frontière de l’auteure intellectuelle et de la dramaturge populaire, « moitié femme glorieuse et moitié écrivain d'art et essai » comme elle se décrit elle-même (Le Nouvel Observateur, mars 2010). Une star des lettres, mais qui préfère généralement se faire plutôt discrète dans les médias et laisser parler ses œuvres pour elle. Sa production littéraire oscille entre de courts romans à l’écriture économe, ouvragée et des comédies qui, si elles font les beaux jours des théâtres privés en France un succès commercial qui la rend suspecte auprès de certains intellectuels hexagonaux , sont célébrées à travers le monde; son œuvre balance entre un humour caustique et une conscience aiguë du temps qui passe, et de la mort qui pointe au bout.
Née à Paris le 1er mai 1959, Yasmina Reza prétend être dépourvue d’origines. Ce sentiment d’être un peu apatride lui vient de sa famille juive « dispersée par-delà les mers », elle dont les deux parents étaient des exilés : un père né à Moscou mais d’origine iranienne, une mère ayant fui la Hongrie communiste dans les années 1950. L’auteure trouve sa patrie dans la langue française, qu’elle maîtrise avec une grande précision, mais son écartèlement entre deux mondes colore son style.
Yasmina Reza ne se limitera pas au théâtre. Avec le louangé recueil de textes autobiographiques Hammerklavier, en 1997, elle amorce une publication littéraire qui comprend des romans (Une désolation, puis Adam Haberberg, rebaptisé depuis Hommes qui ne savent pas être aimés) ainsi que des récits. En 2007, elle fait ainsi les manchettes avec L’Aube le soir ou la nuit, qui chronique une année pendant laquelle l’écrivain a suivi à la trace le candidat en campagne électorale qui deviendra rien de moins que le président de la France : Nicolas Sarkozy. Ce livre s’avère un grand succès de ventes qui repose, reconnaîtra-elle en entrevue, sur un malentendu. Car, plutôt que de tracer le portrait d’un politicien, ce livre elliptique avait comme projet avoué de « contempler un homme qui veut concurrencer la fuite du temps ».
Yasmina Reza est une femme d’action, et avec le temps, son activité artistique devient de plus en plus protéiforme. La romancière, dramaturge et scénariste (Le Pique-nique de Lulu Kreutz, en 1999) joue occasionnellement dans ses propres pièces (la création de Trois versions de la vie ainsi que l’adaptation scénique de Dans la luge d’Arthur Schopenhauer), quand elle ne les met pas en scène elle-même (Le dieu du carnage).
On peut désormais ajouter une autre corde à son arc : cinéaste. À l’hiver 2010, elle lançait un premier film, Chicas, librement inspiré de son texte théâtral Une pièce espagnole. Yasmina Reza n’a pas fini de repousser des frontières.
Par Marie Labrecque



