photo_piece_Des femmes
Photo : Jean-François Gratton / Une communication orangetango

Des femmes

DU 4 MAI AU 6 JUIN 2012

Les Trachiniennes / Antigone / Électre
trois histoires de Sophocle
traduction Robert Davreu
mise en scène Wajdi Mouawad
conseil artistique François Ismert
Compagnies de création : Au Carré de l'Hypoténuse (France) /
Abé Carré Cé Carré (Québec)


durée des spectacles
Les Trachiniennes : 1 h 40
Antigone : 1 h 50
Électre : 1 h 50
Cycle complet : 2 entractes (respectivement de 30 min et 40 min)

Wajdi Mouawad

Né au Liban en 1968, Wajdi Mouawad passe une partie de sa jeunesse à Paris pour échapper à la guerre civile qui consume sa terre natale. Venu par la suite au Québec avec sa famille, il complète une formation en interprétation à l’École nationale de théâtre du Canada. En 1991, il cofonde, avec sa complice Isabelle Leblanc, le Théâtre Ô Parleur, où il fait ses premières armes comme auteur et metteur en scène. À la barre du Théâtre de Quat’Sous à Montréal de 2000 à 2004, il fonde avec Emmanuel Schwartz, en 2005, la compagnie de création Abé Carré Cé Carré. Parallèlement et complémentairement, il fonde en France Au Carré de l’Hypoténuse. Depuis 2007, il assure la direction artistique du Théâtre français du Centre National des Arts à Ottawa, posant, à travers une programmation aussi audacieuse que rigoureuse, le théâtre comme un « temps » à habiter, « non pas comme un divertissement mais comme un engagement, celui de la rencontre (1.) ». Artiste « intranquille », il crée depuis une vingtaine d’années des oeuvres à la poésie incandescente et aux images sismiques, toujours en prise sur les failles et les démesures de notre temps, et traversées par ce désir insatiable d’une rencontre avec l’autre. Qu’il mette en scène ses propres textes, comme Seuls (2008), Temps (2011) ou les pièces formant la tétralogie du Sang des promessesLittoral (1997), Incendies (2003), Forêts (2006), Ciels (2009) – ou qu’il explore l’univers de Shakespeare (Macbeth, 1991), Tchekhov (Les Trois Soeurs, 2002) ou Sophocle (OEdipe-Roi, 1998), l’imaginaire scénique qu’il déploie, imprégné par le souffle du tragique, entretisse la violence et la grâce dans un mouvement tout entier tendu vers une (utopique) réparation de la brisure. Ce faisant, préférant l’espoir au cynisme, Wajdi Mouawad donne de notre monde, et de l’être-ensemble, l’image d’un paysage un peu moins dévasté. Travaillant ici comme en France, l’artiste, qui participe à de nombreux festivals et tournées de par le monde, jouit d’une renommée internationale toujours grandissante. Artiste associé du Festival d’Avignon en 2009, il y retourne en 2011 pour y présenter Des femmes, « morceau » d’un vaste projet – la mise en scène de l’ensemble des tragédies sophocléennes – qui l’occupera dans les années à venir.

1. Wajdi Mouawad, programme de la saison 2009-2010, Théâtre français du Centre national des Arts d’Ottawa.

Wajdi Mouawad, vos propres oeuvres, notamment celles formant la tétralogie du Sang des promesses, sont imprégnées du souffle tragique. La marche vers Sophocle, que vous amorcez avec le cycle Des femmes, ne serait donc pas un exil, loin de votre univers dramatique, mais « un retour dans le ventre du père du théâtre (1) ». Quel est le désir à la source de ce vaste parcours que vous entamez ?

L’aventure Sophocle existe depuis très longtemps. Déjà, quand j’avais fait la mise en scène d’OEdipe roi au Théâtre Denise-Pelletier (1998), j’avais eu envie de monter la trilogie thébaine. Depuis, c’est un auteur qui ne m’a jamais véritablement quitté. Plus largement, c’est le monde de la Grèce ancienne qui ne m’a jamais quitté. Au fond, ce que je retrouve là, c’est peut-être un monde qui était encore au seuil de l’enchantement. Ce qui me touche profondément, ce qui m’émeut au-delà des mots, lorsque je lis L’Iliade et L’Odyssée d’Homère, c’est qu’on ne rencontre aucun personnage qui doute de l’enchantement du monde, malgré la violence, malgré les destins qui broient les individus. Les héros, chez Homère, n’ont pas encore chuté. Tout comme chez Eschyle. Alors que chez Sophocle, on sent que l’esprit commence à se poser des questions sur cet enchantement, commence à percevoir sa chute et l’ébranlement qui fera naître sa désillusion, dont notre époque est héritière. Nous nous trouvons aujourd’hui en plein dans cette désillusion face à l’enchantement, à l’héroïsme, à la grandeur. C’est quelque chose qui m’a toujours touché, peut-être parce que, enfant, j’y ai énormément cru et que cette chose-là s’est fracturée à travers les événements de la vie, l’éveil de la conscience, l’éveil à l’histoire du monde… Aussi, la lecture de Sophocle me ramène à la fois à cet enchantement et à sa chute. C’est comme s’il me permettait de ne pas tomber dans l’illusion lyrique mais plutôt d’aller vers une lucidité lyrique. C’est ce qui me passionne dans son oeuvre. Dans ma vie, approcher Sophocle relève d’une démarche qui ressemble beaucoup à celle de l’écriture. Je monte Sophocle de la même manière que je monterais une pièce que j’aurais écrite. Sophocle est lié à la perception que j’ai du monde et à une question que j’ai envie de fréquenter, soit celle de la chute de la grandeur dans laquelle nous vivons depuis trois siècles.

1. Stanislas Nordey, « L’oscillation », dans Les Tigres de Wajdi Mouawad, Nantes, Le Grand T/Éditions joca seria


Par Catherine Cyr




© 2012 Théatre du Nouveau Monde 514.866.8668 | 84, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal (Québec) H2X 1Z6 | Politique de confidentialité | Plan du site