
L'École des femmes
de Molière
mise en scène Yves Desgagnés
Durée du spectacle - 2 h 35 incluant l'entracte
DE PASSION ET D'AUDACE
À la fois metteur en scène et comédien, mais aussi auteur et cinéaste, Yves Desgagnés oeuvre depuis trente ans dans le milieu artistique avec une polyvalence qui n’a d’égale que son amour pour certains auteurs qu’il n’a de cesse de revisiter. Autant d’années, autant de rôles et de mises en scène. Et c’est sans compter, dans une vie de théâtre parallèle, ses années d’enseignement à l’École nationale de théâtre à titre de directeur adjoint de la section française, de titulaire responsable de la section d’écriture dramatique, de directeur d’acteur et de metteur en scène invité. Si Yves Desgagnés a mis en scène des productions à succès comme Pop Corn de Ben Elton et Des roches dans ses poches de Mary Jones, des auteurs comme Arthur Miller, Bernard Shaw, Marcel Dubé, une comédie musicale Shérazade (2009), deux films dont Roméo et Juliette (2006), il s’est aussi démarqué par sa passion pour l’univers de Tchekhov. À la Compagnie Jean Duceppe, il a mis en scène quatre pièces de l’auteur russe : Ivanov, Les Trois Soeurs, Oncle Vania, et La Cerisaie. De Tchekhov, il montera encore La Mouette au TNM, en 2007. Pour mémoire, à 23 ans, alors qu’il est tout jeune diplômé de l’École nationale de théâtre en interprétation, il signe, à l’invitation d’Olivier Reichenbach, sa première mise en scène au TNM : la création d'un texte de Michelle Allen, La Passion de Juliette. Familier de notre scène, Yves Desgagnés a enchanté le public, au début des années 2000, avec trois comédies de Shakespeare : Le Songe d’une nuit d’été, Les Joyeuses Commères de Windsor et La Nuit des rois après avoir monté Les Bas-fonds de Gorki (1994) et Play Strindberg de Dürrenmatt (1988). Cet artiste audacieux et passionné, qui en 2008 nous livrait une étonnante mise en scène du Retour d’Harold Pinter, aborde enfin le répertoire de Molière pour encore mieux nous surprendre.
(texte: Véronique Borboën)
Extraits d'un entretien avec Yves Desgagnés
Quels sont les enjeux d’une mise en scène de L’École des femmes en 2011 ? Cette pièce fait écho à des comportements qui ont cours encore aujourd’hui. Je pense à ces histoires qui nous parviennent d’un peu partout à travers le monde, de ces hommes qui enlèvent et enferment des jeunes femmes, les isolent totalement de la société pour mieux en abuser. Il y a un peu de cette cruauté dans la pièce, sauf que c’est clair qu’Arnolphe, s’il est pervers, n’est pas un pédophile. Il n’a jamais touché Agnès. S’il l’a enfermée, c’est pour la maintenir dans l’ignorance la plus totale et en faire son objet. Et ça, c’est universel : quand on maintient les êtres humains dans l’ignorance, on peut faire ce que l’on veut avec eux. Arnolphe ne veut pas d’une femme cultivée qu’il ne pourrait pas dominer. Il est en réalité terrorisé par les femmes. C’est l’histoire d’un homme jaloux, hanté par la perspective de se retrouver avec des cornes. Ce sentiment de possession exclusive le rend cependant humain. On peut donc s’identifier à lui. Ce qui rachète Arnolphe, c’est qu’il est véritablement amoureux d’Agnès.



