
L'École des femmes
de Molière
mise en scène Yves Desgagnés
Durée du spectacle - 2 h 35 incluant l'entracte
« Tout le monde y a couru »
Représentée pour la première fois le 26 décembre 1662 au Palais-Royal, avec Molière dans le rôle d’Arnolphe, L’École des femmes est un éclatant succès. Même ses détracteurs ne peuvent s’empêcher de le signaler : « Cette pièce a produit des effets tout nouveaux, tout le monde l’a trouvée méchante et tout le monde y a couru. »
L’École des femmes est une « grande comédie » selon les règles, comprend cinq actes écrits en vers et sera jouée trente et une fois d’affilée jusqu’à la relâche de Pâques, puis encore trente et une fois après. Sans compter les invitations privées comme chez le ministre Colbert, le duc de Richelieu ou chez Monsieur, le frère du roi. Molière reçoit la première pension accordée par le roi à un comédien. Le jour de la fête des Rois, le 6 janvier 1663, le roi a invité « la fine fleur de sa cour » pour assister avant le souper à une représentation de L’École des femmes « qui fit rire leurs majestés jusqu’à s’en tenir les côtés ». Les gazetiers le font savoir et en ville le public afflue.
La querelle de L'École des femmes
Le triomphe sans précédent de L’École des femmes suscite la jalousie de la troupe de l’Hôtel de Bourgogne qui considère que la troupe de Molière usurpe sa place auprès du roi et du public. Jamais une troupe de province ne leur avait fait une telle concurrence et les comédiens craignent pour leur recette.
La hargne provient aussi de plusieurs auteurs, Corneille le premier. Il était effectivement visé personnellement dans les vers tirés textuellement d’une de ses tragédies récentes, Sertorius, et énoncés d’une façon ridicule par Arnolphe : « Je suis maître, je parle : allez, obéissez. » Les attaques sont à la hauteur du succès. Elles déclencheront la fameuse Querelle de L’École des femmes, la plus importante après celle déclenchée par Le Cid de Corneille. L’attaque la plus féroce provient de Donneau de Visé, auteur et polémiste, qui réplique par Zélinde ou la véritable critique de l’École des femmes dans laquelle Molière est désigné par l’anagramme Élomire. Molière y est ridiculisé et sa pièce traitée d’obscène et d’ordurière.
L’École des femmes sera imprimée dès mars 1663. Molière y annonce son intention de répliquer à ses détracteurs par une pièce, La Critique de l’École des femmes ce qui relancera la querelle. On sent que Molière est sûr de lui, conscient de son audace et qu’il sait qu’il touche là où ça fait mal. Le personnage d’Araminte, la prude, « découvre des saletés où personne n’en avait jamais vu ». Une idée importante pour Molière, qui considère qu’il est plus difficile de réussir une comédie qu’une tragédie, est soutenue par un autre personnage, Dorante, qui conteste l’infériorité de la comédie sur la tragédie et affirme que « c’est une étrange entreprise que de faire rire les honnêtes gens ». En juin La Critique de l’École des femmes sera jouée en complément de programme à sa comédie. Les recettes tripleront dès le premier jour. En octobre, il écrira encore L’Impromptu de Versailles qui raille la manière des comédiens de l’Hôtel de Bourgogne et règle des comptes avec la critique qui ne cesse de se déchaîner contre lui. Le grand comédien de l’Hôtel de Bourgogne, Montfleury, ira jusqu’à adresser au roi une lettre calomnieuse où il accuse Molière d’avoir épousé sa propre fille. Pour toute réponse, le roi acceptera d’être le parrain du premier enfant de Molière.
Agnès ou la naissance de grandes actrices
Chaque fois que le TNM présente L’École des femmes, la vérité humaine de la pièce créée un impact mémorable. Il suffit d’évoquer, entre autres, la mise en scène en 1965 de Jean Gascon qui interprétait aussi le rôle d’Arnolphe, et celle de René Richard Cyr en 1990.
La tradition voulant que le rôle d’Agnès soit attribué à une jeune actrice dont on veut découvrir le talent a aussi permis de révéler tour à tour Geneviève Bujold, Louise Marleau et Anne Dorval qui charmèrent à l a fois l a critique e t le public. En 1973, à la Comédie-Française, c’est une Isabelle Adjani de 17 ans qui a émerveillé le tout Paris. Elle obtiendra le Prix de la critique pour son interprétation.
Le rôle d’Agnès est offert cette fois-ci à Sophie Desmarais dont la sensibilité sied admirablement bien au rôle. En 2008–2009, elle recevait le Prix de la relève Olivier Reichenbach pour son interprétation dans Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare.



