
L'École des femmes
de Molière
mise en scène Yves Desgagnés
Durée du spectacle - 2 h 35 incluant l'entracte
En 1672, la carrière de Molière est à son apogée. Protégé du roi, reconnu et riche, l’auteur a 50 ans lorsqu’il présente Les Femmes savantes, qu’il peaufine depuis quatre ans. Car après avoir conçu plusieurs projets à la hâte afin de répondre à des commandes royales, Molière souhaite écrire une pièce « tout à fait achevée » une comédie en cinq actes et en vers et approfondir le sujet de son premier succès devant la cour en 1659, Les Précieuses ridicules, une comédie en un acte mais cette fois en prose, dont le ton se rapprochait de la farce.
Depuis son arrivée à Paris en 1658, Molière suscite l’envie de ses adversaires et subit de nombreuses attaques. Tandis qu’on cherche à le confiner au rôle d’histrion, il fait au contraire valoir des mérites d’auteur : il a l’ambition littéraire de transcender les limites de la farce en proposant des comédies de mœurs et de caractère. Les querelles de L’École des femmes et du Tartuffe, en 1663 et 1664, témoignent des rivalités animant la Cour et de l’agressivité des adversaires de Molière ; elles révèlent également qu’il a atteint son objectif.
Le projet des Femmes savantes aurait d’ailleurs pour origine un compte à régler avec l’un de ses adversaires. Si cette pièce évoque la situation des femmes au 17e siècle et tourne en dérision les excès de la préciosité, il semble que Molière s’y moque autant des savantes que de l’abbé Cotin, qui lui a inspiré le rôle de Trissotin. L’affaire remonte à la représentation de L’École des femmes, en 1662. Cotin, homme savant et auteur de fades poésies galantes pourtant appréciées dans les salons, juge sévèrement la pièce de Molière qu’il considère immorale. Il en remet en 1666 dans La Critique désintéressée sur les satyres du temps, où il attaque les gens de théâtre et plus particulièrement Molière. Ce dernier riposte finalement dans Les Femmes savantes, où des bourgeoises précieuses, usant quantité de compliments hyperboliques, encensent les poèmes aux qualités discutables du sieur Trissotin, accentuant du coup la pauvreté de ses vers.
En 1672, Molière vit cependant ses derniers mois. Il cumule alors au sein de sa troupe de multiples fonctions : il est auteur, chef de troupe, metteur en scène et acteur. Il interprète encore les grands rôles qu’il compose, dont Chrysale dans Les Femmes savantes. On le sait cependant très malade. Même épuisé par une toux persistante (il serait atteint de tuberculose), usé par le travail et accablé par de multiples revers – sa collaboratrice de la première heure, Madeleine Béjart, s’éteint ; le roi lui préfère Lulli peu après le grand succès des Femmes savantes ; il perd son fils âgé de quelques semaines –, Molière ne ralentit pas le rythme. Il s’éteint en 1673, après la quatrième représentation du Malade imaginaire dans laquelle, comme on le sait, il interprétait ironiquement le rôle du malade Argan.



