photo_piece_L'Histoire du roi Lear
Photo : Jean-François Gratton / Une communication orangetango

L'Histoire du roi Lear

DU 13 MARS AU 7 AVRIL 2012

de Shakespeare
traduction Normand Chaurette
mise en scène Denis Marleau
en collaboration avec UBU compagnie de création

Durée de la représentation : 2 h 05 sans entracte

Denis Marleau

Denis marleau et Stéphanie jasmin
TÊTES CHERCHEUSES


La rigueur de sa vision, la précision de son travail formel, l’intelligence de son regard sur les textes font de Denis Marleau l’un des créateurs majeurs de notre scène théâtrale. De José Pliya à Maurice Maeterlinck, en passant par Frank Wedekind (Lulu, au TNM), ce metteur en scène, scénographe et adaptateur creuse une démarche artistique à la fois exigeante et personnelle. Au fil d’une quarantaine de spectacles, il a remporté de nombreux prix et distinctions. Cofondateur et directeur artistique de la compagnie UBU, il a aussi été directeur artistique du Théâtre français au Centre national des arts à Ottawa de 2000 à 2007, année où il monte pour la première fois un Shakespeare, Othello. Un des grands ambassadeurs du théâtre québécois à l’étranger, il est un habitué des scènes européennes. Le Festival d’Avignon l’a invité à six reprises, lui offrant même, en 1997, la Cour d’honneur du Palais des Papes (Nathan le Sage). Au printemps 2011, il est devenu le premier metteur en scène québécois à diriger une pièce, Agamemnon de Sénèque, à la vénérable institution de la Comédie-Française.

Depuis 2002, Denis Marleau partage la direction de la compagnie avec Stéphanie Jasmin. Formée notamment à l’École du Louvre, cette historienne de l’art et diplômée en film production y collabore en tant que conseillère d ramaturgique e t a rtistique, a insi que conceptrice de la vidéo. Travaillant en étroite symbiose, les deux artistes ont signé ensemble la mise en scène d’un opéra (Le Château de Barbe-Bleue, en 2007) au Grand Théâtre de Genève et Jackie d’Elfriede Jelinek. À l’été 2011, ils ont également conçu les projections audiovisuelles qui animaient une trentaine de mannequins dans la grande exposition La Planète mode de Jean-Paul Gaultier au Musée des beaux-arts de Montréal. Ils mettaient ainsi à profit une étonnante expertise technologique, développée notamment dans Les Aveugles et Une fête pour Boris. Fortement nourrie par les arts visuels, leur démarche déborde des limites du théâtre.

Quel est votre rapport avec Le Roi Lear, justement ?

C’est certainement l’une des pièces qui m’a le plus bouleversé à la lecture. Une grande émotion diffuse m’a traversé ; la pièce parle, de façon très puissante et poétique, de cet état de dégradation auquel peuvent être confrontés nos êtres chers.

Récemment, j’ai été très sensibilisé à cette situation dans ma propre existence. Mon père est décédé l’an dernier. C’était un homme intellectuellement très actif ; il voyageait à travers le monde et donnait des conférences sur l’histoire et puis, subitement, le plancher s’est ouvert sous ses pieds. Il a commencé à avoir des vertiges, à perdre progressivement ses repères. Ça veut dire beaucoup de choses, ne plus reconnaître ses propres enfants, ou avoir des périodes d’aphasie. Pour moi, Lear raconte aussi, d’une certaine manière, cette terrible condition humaine. On aspire à devenir des êtres de maîtrise qui possèdent un territoire intérieur ; et puis finalement, c’est fragile. On peut tout perdre, du jour au lendemain. C’est cette fragilité qui m’intéresse : comment parler de cette réalité à un public d’aujourd’hui, sans tomber dans la transposition. En préservant la force poétique du texte, en faisant du théâtre. Parce qu’en même temps, je n’ai pas envie de réduire la pièce à un fait divers. Elle touche aussi au cosmique dans sa capacité à créer des images tragiques sur le rapport de l’homme face aux mystères de la vie et de la mort.

Par Marie Labrecque




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