
Le Dindon
3 SUPPLÉMENTAIRES : 17 FÉVRIER, 20 H + 18 FÉVRIER, 15 H ET 20 H
de Georges Feydeau
mise en scène Normand Chouinard
Durée du spectacle : 2h20 + entracte
Le rire de la sagesse
C’est avec un Feydeau, L’Hôtel du libre-échange, que Normand Chouinard fait en 2004 son entrée comme metteur en scène au TNM. Auparavant, bien sûr, il y a déployé ses talents de comédien, faisant ses débuts en 1976, alors que Jean Dalmain – qui avait l’œil – a engagé pour Mangeront-ils ? de Victor Hugo ce grand garçon encore un peu dégingandé fraichement débarqué de Québec. Né à Sainte-Foy en 1948, Normand Chouinard découvre le théâtre des l’adolescence mais c’est en droit qu’il étudie, à l’Université Laval. Or ces années-là, la troupe étudiante de l’université, la fameuse troupe de théâtre Les Treize, est probablement dans la période artistique la plus forte de son histoire, alors qu’on y explore cette méthode de création nouvelle qu’est la création collective, afin de rendre compte du Québec né de la Révolution tranquille. Même si Normand Chouinard est un des éléments forts et actifs de la troupe, ce n’est qu’après avoir été reçu au Barreau que le jeune avocat spécialisé en droit administratif s’inscrit – avec son ami Rémy Girard – au Conservatoire d’art dramatique de Québec. Rapidement, le Théâtre du Trident fait appel a son talent alors qu’il devient une présence régulière au Théâtre du Vieux-Québec où il crée des spectacles de cabaret et des créations collectives comme Le Club Frank ≪ Eros ≫ Robidoux, qui séduit tellement Jean-Claude Germain que le spectacle et sa jeune équipe sont invités au Théâtre d’Aujourd’hui. Rapidement, la télé s’empare de ce comique naturel – rappelons-nous Du tac au tac et Samedi de rire – doublé d’une sensibilité prodigieuse comme le révèle le film de Jacques Leduc Trois Pommes à côté du sommeil. Au TNM, il a marque l’histoire de la compagnie par des interprétations mémorables comme le rôle-titre dans Tartuffe, mis en scène par Olivier Reichenbach, Arnolphe dans L’École des femmes, Zanetto et Tonino dans Les Jumeaux vénitiens, Vladimir dans En attendant Godot et le rôle éponyme dans Don Quichotte. Homme de théâtre d’une culture prodigieuse, Normand Chouinard incarne pour notre milieu la grande tradition théâtrale qu’il transmet avec générosité et chaleur.
Quels sont pour vous les défis de mettre en scène Le Dindon ?
Il y a deux façons d’aborder les classiques. La première est de faire des relectures radicales : dépaysement chronologique, voire modification du texte. La seconde est ce que j’appelle, en hommage à Hergé, la ligne claire. En fait, je voudrais être le Fernand Séguin du théâtre de répertoire : redonner l’œuvre dans sa plénitude originale. Je ne suis pas partisan d’une relecture quand la plupart des gens dans le public n’ont pas eu de première lecture d’une œuvre. Ce qui veut dire pour moi respecter les conventions de Feydeau, ce qui inclut les éléments de réalisme qu’exige son théâtre. Dans Le Dindon, Feydeau impose trois décors : le salon chez Vatelin, la chambre 39 a l’Hôtel Ultimus et le fumoir chez Redillon. Tout cela demande de gérer les changements de décor et les entractes. Je pense aussi à mettre la pièce en contexte ; je prévois écrire un prologue qui mettra en scène la compagnie du Théâtre du Palais-Royal (ou a été créée la pièce) se préparant avant la représentation. Le directeur du théâtre annonce aux comédiens qu’un commanditaire important sera ce soir-la dans la salle. Il faut lui plaire, il faut même ajouter des chansons vu qu’il aime ca… Je veux montrer le théâtre face a un homme de pouvoir, un homme d’argent, un homme critique selon ses critères à lui, un homme qui a les moyens de ses caprices et dont la première préoccupation est de faire plus d’argent. Mais globalement, avec Feydeau, il faut pousser la mécanique. C’est un rythme : il faut suivre la musique de la langue. Ce qui veut dire : faire confiance à l’intelligence des spectateurs et… à la diction des comédiens !



